Alan Stivell : « Il reste encore du boulot à faire »

Quarante ans après le concert de l’Olympia, Alan Stivell est en concert au Glenmor et à La Carène. Entretien avec le barde aux 23 albums.


À propos d’un de vos concerts au Stade de France, vous avez évoqué : « Un stade bourré à craquer. C’était comme si j’avais planté ma harpe dans la neige du Pôle nord ». C’était une image uniquement poétique ?

Il est vrai que l’image est poétique, sauf que... c’était vrai : je jouais harpe, cornemuse et flûtes, par une température d’à peine plus de 0°. Par chance, une personne très attentionnée m’a donné des chaufferettes qui servent en montagne pour se réchauffer les doigts. Sinon, impossible de jouer !

On connaît votre admiration pour les sœurs Goadec qui auront bientôt leur statue à Carhaix. Quel souvenir gardez-vous de votre rencontre avec ces chanteuses traditionnelles ?

C’était ma famille, et c’est ce qu’elles disaient ressentir aussi. Même si, à notre première rencontre dans un fest-noz commun, en 1962, elles étaient persuadées que j’étais cousin d’un autre musicien, le grand talabarder Etienne Rivoallan ! C’était plus qu’une estime artistique réciproque.

Vous êtes souvent présenté comme un artiste des musiques bretonne et celtique ou comme un musicien traditionnel. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces définitions ?

J’ai toujours voulu m’exprimer à travers un maximum de modes d’expression et de genres musicaux. Il est vrai que je suis partie prenante de la musique bretonne, comme je le suis aussi de la musique celtique. Toutefois, mes différentes expé-


Alan Stivell en concert le 12 octobre 2012 au Glenmor, à Carhaix (Finistère), à l'occasion de la tournée des 40 ans du concert de l'Olympia, donné en 1972. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


riences musicales ont beaucoup plus souvent une dominante musiques actuelles que musique traditionnelle, avec des influences rock, folk-rock, ou encore issues des musiques électroniques, improvisation, ambient, musique classique, contemporaine, etc. Le traditionnel était davantage mon identité, avant 1966, quand je ne me nommais pas encore Stivell.

En 1972, à l’époque de l’Olympia, un sentiment de honte habitait encore nombre de Bretons quant à leur propre culture qui passait pour ringarde. Au vu du chemin parcouru depuis, vous êtes sans doute assez fier du changement ?

Je ne ressens pas de fierté. Je ne sais que trop tout ce qu’il y a à perfectionner. Mais difficile de cacher ma joie d’une telle évolution. J’aimerais bien cependant, que l’énergie des concerts soit désormais assez communicative pour que d’autres changements se concrétisent. Il reste encore du boulot à faire.


Pour vos deux dates à Carhaix et Brest, avec quelle formation serez-vous sur scène et pour quel répertoire ?

Raphaël Chevalier (violon et alto), Edouard Leys (claviers), Marcus Camus (percussions et batterie), Gaëtan Grandjean (guitares électrique et acoustique) et mon équipe technique habituelle. Dans cette tournée anniversaire, presque tous les titres seront issus de l’Olympia 72, avec un aspect rock assez présent et aussi des titres plus récents, tirés d’Emerald ou Brian Boru.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec Alan Stivell, écrit et publié en octobre 2012.