Avec l'association Accords-MJC et 200 spectateurs au Vauban

Albin de La Simone : une mélancolie classieuse


Ses mains font mine de jouer du piano à l'avant scène sur un clavier encore drapé de noir. «Les violons nagent dans la mousse. On se regarde, on fait l'amour», chantonne Albin de La Simone, d'une voix colorée de mélancolie douce. Veste noire et pantalon carrelé de rouge, l'artiste vacille sur la scène du Vauban entre éblouissement languide et vertiges de l'amour.

«Tu me regarde et tu souris, la vie est belle et m'éblouit», s'emporte-t-il, dans une spirale mélodique jubilatoire soutenue par une rythmique électrique basse, guitare, batterie, avant de plaquer les trois accords définitifs d'un piano dissonant. «Pourtant, y avait dans l'fond d'ses yeux, comme quelque chose de miraculeux», reprend-il, sur un bout de ritournelle jouant à l'envers du temps, à propos d'une péripatéticienne de Pigalle abandonnée par son homme, et autrefois chantée par Edith Piaf.

«Elle vénère les papous, les kangourous myopes, Bartok et le piano hongrois et c'est moi qu'elle aime», proclame aussi, Albin de La Simone, en sussurant un inventaire amoureux décousu à la façon d'un Alain Souchon, matiné d'une écume des jours inspirée de Boris Vian. «Tu vois, j'ai changé», lance-t-il, également, avant de se muer en chef de choeur et d'entraîner le public complice du Vauban dans une chorale impromptue.


Jeudi soir, le chanteur Albin de La Simone a emporté l'adhésion des 200 spectateurs du Vauban et de l'association Accords-MJC.


«C'est super beau !», complimente le chanteur trentenaire, à l'imaginaire parfois travaillé de sombres souvenirs surgis de l'enfance. «Et nous, petits insectes légers et curieux, attirés par la bête comme par le feu», relate-t-il, au sujet d'un baptème sulfureux joué dans la coulisse d'une alcôve provinciale.

Petits rien du quotidien

Ancien pianiste de jazz, le jeune chanteur Albin de La Simone délivre une poésie faite des petits rien du quotidien, teintée d'une mélancolie classieuse, à l'instar


Bénabar, Jeanne Cherhal et autre Vincent Delerm. Une école de la nouvelle chanson française joliment représentée, en première partie, par le groupe nantais Uztaglote, avec une Liz Cherhal tout aussi primesautière que son aînée.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné par Albin de la Simone, le jeudi 9 février 2006 au Vauban, à Brest (Finistère).