André Rassin, laboureur des salles de ventes

Éleveur-laitier dans une ferme de 100 ha à Plourac’h, il y a encore un an, cet ancien agriculteur s’est désormais reconverti en brocanteur assidu des salles des ventes.

On le croise dans les trocs-et-puces ou les vide-greniers, de Trégourez à Carhaix, et même jusqu’à Lorient. « J’ai beaucoup navigué », avoue dans un sourire le brocanteur André Rassin. Né à Saint-Hernin, ce petit-fils d’agriculteurs connaît très tôt les chemins de l’émigration bretonne vers la Région parisienne. « Au sortir de la guerre, pour mon père qui était charretier, la mécanisation de l’agriculture a sonné le début de la fin. Et, comme tous les Bretons d’ici, il a bien été obligé de partir vers Paris. »

Après un détour par Toulouse pour cause d’appel sous les drapeaux, André se lance bientôt dans un premier métier, loin de sa Bretagne intérieure. « J’ai appris comme ça, sur le tas, et j’ai travaillé à mon compte jusqu’en 1981 », raconte-t-il à propos de son parcours de charcutier autodidacte, entamé à Laon, dans l’Aisne. Ensuite ? André Rassin va troquer son tablier de charcutier pour la toque du restaurateur. « Un deuxième métier que j’ai exercé jusqu’en 1989, dans cette même ville, avant mon retour en Bretagne. »

« Il me regardait du coin de l’œil »

Revenu au pays, l’ex-charcutier-restaurateur s’installe dans l’idée de renouer avec le métier de ses grands-parents. « Un jour que j’étais au marché à bestiaux de Rostrenen, raconte l’agriculteur en herbe, j’achète une première vache. Puis plusieurs, avec lesquelles j’ai démarré, sans rien y connaître, un élevage de vaches allaitantes sur des terrains achetés à Motreff. »

À Motreff, à part André lui-même et sa femme Dominique, personne n’y croit. « Je ne savais même pas tracer un sillon de charrue », rigole-t-il aujourd’hui. Au bout du champ, un voisin observe les démêlés de l’apprenti-cultivateur et s’en émeut.


L’ancien paysan André Rassin s’est pris de passion pour les vieux livres, comme ici au dernier vide-greniers de Carhaix, avec une vie d’Eugène Pottier, l’auteur de l’Internationale. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


« Il me regardait faire du coin de l’œil, et, un jour, il a sauté par-dessus le talus », se souvient avec émotion André Rassin, à propos d’Yvon Robin, son maître en agriculture. « C’est lui qui m’a appris à labourer. »

« C’est dur, une ferme »

C’est à Plourac’h, sur une ferme achetée par Dominique, son épouse, qu’André fait fructifier l’enseignement de son voisin. « Sur près de 100 ha, pour un quota de 280 000 litres de lait. » Vendue l’an dernier à un jeune du pays, l’ancien agriculteur a abandonné sa ferme et le métier sans regrets. « C'est dur, une ferme. J'avais mal aux jambes et aux genoux. J'ai arrêté à cause de l'âge. » La crise laitière ? L'ex-agriculteur ne l'a pas vraiment vue passer. « Je devais faire la mise aux normes, explique-t-il à ce sujet. La ferme était viable, mais, à mon âge, j'ai jugé que c'était trop tard. »

Une vie d'Henri IV

Précédé dans la brocante par Dominique, son épouse, André s'est lancé dans le labourage des salles des ventes avec la passion du néophyte.


« J'y rencontre pleins de gens, s'enthousiasme-t-il. J'achète et je vends aussi bien les œuvres complètes de Lénine, que des vêtements pour bébé. Et, surtout, insiste-t-il aussi, j'aime beaucoup discuter vieux bouquins avec mes clients. » Ça tombe bien. Désormais retraité de l'agriculture, ce brocanteur épanoui dit détester les jeux de cartes et de boules. « Sans parler de la pêche ou de la chasse ! »

« Avec mes clients, je marchande, je discute. Ça fait partie du jeu », confie aussi cet ancien paysan qui découvre, aujourd'hui, les champs de la culture en chinant les vieux grimoires. « Je viens de vendre deux bouquins sur la vie d'Henri IV, à une Polonaise, sourit-il au milieu de son étal arborant vieilles machines à coudre, maquettes de bateaux anciens ou catalogue devenu rare de Manufrance. Ne me demande pas ce qu'elle va en faire... C'est écrit en français ! »

Jean-Pierre Bénard

Portrait écrit et publié le 20 juillet 2011.