Pour la première fois en concert au Royal Concert Hall de Glasgow

Le bagad Brieg a gagné les cœurs Écossais


Mercredi 8 août 2001, à l'invitation du Shotts and Dykehead Caledonia Pipe Band, champion du monde des pipes bands, le Bagad Brieg a donné un concert en compagnie des musiciens écossais, devant un impressionnant parterre de 2 600 spectateurs séduits par la vitalité et l'excellence de la formation bretonne.

Dans le car qui conduit les musiciens du Bagad Brieg vers Glasgow, l'atmosphère est studieuse. Les sonorités écossaises des practices de cornemuse et autres baguettes de tambours, accompagnent les paysages des Midlands qui s'étirent au-dehors, au long de notre montée vers l'Ecosse. Des murets de pierres sèches ceinturent de vastes pâturages au pied des montagnes des Highlands. Au loin, un viaduc de briques rouges supporte une voie ferrée désaffectée, couverte d'herbes folles. Hitchcock et les fugitifs des Trente neuf marches ne sont pas loin. Bientôt, sous nos yeux, les faubourgs du sud de Glasgow apparaissent impressionnants de déshérence. Mais les locaux de la cité étudiante de l'université de Strathclyde qui accueillent les musiciens, rassurent tout le monde par leur côté accueillant et confortable.

Une longue préparation

Ce mercredi, dès huit heures du matin, les musiciens ont investi la scène du Royal Concert Hall. L’installation des pupitres de percussions et la sonorisation de l’ensemble des instruments demande une longue préparation. On fixe les couleurs bretonne et écossaise au bout d'un cintre. Dans un écheveau de câbles, les techniciens s’affairent de tous côtés. Sur un signe du régisseur, les drapeaux breton et écossais s'élèvent lentement en fond de scène. La logistique déployée par les organisateurs semble à la hauteur de l’événement, même si une certaine nonchalance perce parfois dans le rythme de cette matinée.

Dans les loges, au sous-sol, les pupitres des cornemuses et des bombardes se sont réunis pour l’accord des instruments. Un tonnerre assourdissant résonne dans les couloirs. « C'est impressionnant de jouer devant ce parterre de musiciens connaisseurs », confie Florian Droual, un des sonneurs de cornemuses du bagad.


Le bagad Brieg sur la scène du Royal Concert Hall de Glasgow

Le bagad Brieg sur la scène du Royal Concert Hall de Glasgow en août 2001 (photos©Jean-Pierre Bénard).


« On n’est pas dans la rock’n roll attitude qui nous est habituelle. On craint toujours de louper une de ces ornementations musicales si chères aux pipers écossais » ajoute-t-il, en buvant un verre d’eau fraîche pour chasser le trac. Mais déjà, le présentateur écossais ouvre la soirée, avec cet accent si déroutant pour nos oreilles encore peu accoutumées. Revêtus de leurs kilts traditionnels, les Shotts s’installent sur la scène, dans un ordonnancement impeccable. Highland Swing Medley sera leur premier morceau, servi par une puissance acoustique des cornemuses véritablement décoiffante.

Une ambiance chauffée au rouge

Une première partie plutôt traditionnelle, qui surprend tout de même par l’usage d’une rythmique exotique avec Calypso, un morceau un peu décalé dans un monde des pipes bands qui admet pourtant peu la fantaisie. La Scottish infernale, Kosmos et Go go Droch, autres temps forts des compositions des briécois, vont installer au cours de la soirée une ambiance chauffée au rouge par la vitalité et l’énergie qui émane des « flibustiers » de la musique bretonne, comme ils aiment à se désigner eux-mêmes, et comme en témoignent les drapeaux de pirates qui ornent les bourdons de leurs cornemuses. Le pupitre des bombardes, quant a lui, se surpassera dans une Suite Pourlet magnifiquement interprétée, résultat du travail exigeant accompli par le penn bombarde Fabrice Humeau.


La section de cuivres jazzistique, invitée pour la circonstance par le bagad, contribuera aussi efficacement au côté funky de l’ensemble. Ravi et médusé, le public de Glasgow applaudit à tout rompre. Les frères Meunier, avec le son velouté de leur duo de cornemuses du Centre-France tempéreront agréablement la soirée. Un grand moment d’émotion finale avec La Boum, une composition de Bertrand Louet, le penn soner du bagad qui a su hisser au niveau d'excellence qu’on leur connait, les musiciens briécois.

«Heureux comme un pape»

« Je n’ai jamais rêvé de faire ça. On approche ici, les grandes instances de la musique celtique, je suis heureux comme un pape », confie Yann Doron, sonneur du bagad. Et Michel Droual, président du bagad, de rappeler le soutient des mécènes : « commune de Brieg, CMB, Espace Culturel de Quimper, Doux et Archant, sans lesquels ce moment n’aurait pas été possible ». Dans les salons feutrés du Royal Concert Hall, Jim Cooper, le président du Glasgow Skye Pipe Band félicitera les musiciens bretons pour leur extraordinaire performance. Les Pipers canadiens aussi, qui rêvent maintenant d’un peu de Bretagne dans leurs plaines de l’Ontario.

Jean-Pierre Bénard