Pour sa première participation au championnat du monde des pipe-bands

Le bagad Brieg a fait bouger les Shotts


Classés à la dixième place des pipes bands de leur catégorie, et à la troisième pour les batteries, les sonneurs du bagad Brieg auront vécu, avec le concert du Royal Concert Hall et l'épreuve des championnats du monde, une semaine écossaise riche d'émotions musicales.

Dans l'immense assemblée des 1200 sonneurs rassemblés sur le Green de Glasgow pour la proclamation des résultats, les musiciens du bagad Brieg sont au premier rang. Normal, ils sont les invités des Shotts avec lesquels ils viennent de battre le rappel des sonneurs éparpillés sur le gazon, au cours d'un mémorable Mass band. Sous la pluie battante, ils ont sorti les bombardes et les batteries et entamé un parcours délirant au milieu de spectateurs surpris et souriants. Les oreilles écossaises semblent bien apprécier l'énergie particulière dégagée par les sonneurs briécois. En virevoltant au milieu de la foule, ils font bientôt la jonction avec les Shotts, au son de la Scottishe infernale.

Les pipers écossais, flegmatiques et rompus aux vicissitudes du climat local ont revêtu de larges capes grises imperméables qui les protègent, avec leur cornemuse, de la pluie incessante. Robert Mathieson, le Pipe major des Shotts, emmène la troupe vers la tribune officielle.

Répétitions avec les Shotts

«C'est la première suite qui a été tirée au sort», rapporte Michel Droual, le président du bagad, à propos de l'épreuve des championnats du monde de pipes bands de la matinée. «Nous voulions être considéré comme un groupe sérieux, capable d'une interprétation à la hauteur de nos ambitions. On a fait ce qu'il fallait pour ça.» Avec quatre journées de répétition intensive dans le local des Shotts, et les conseils de leurs deux pipes majors, les briécois seront parvenus en effet, à resserrer leur technique. Même s'il reste encore bien du chemin à parcourir pour parfaire une maîtrise du son, et une homogénéïté des timbres, à l'égal des maîtres-sonneurs écossais.

Le bonheur du sonneur

Dans le bar de l'université de Strathclyde, les musiciens se remettent de leurs émotions.


Le bagad Brieg sur le Green de Glasgow

À l'issue de l'épreuve du championnat du monde, les sonneurs briécois ont posé pour la photo souvenir sur le «Green» de Glasgow (photo©Jean-Pierre Bénard).


«C'est la Royal scottish pipe band association (RSPBA) qui a classé le bagad Brieg en 2e catégorie, en fonction des résultats déjà obtenus par notre formation», explique Bertrand Louet, permanent de la BAS (*), et penn sonneur du bagad Brieg. «Les juges écossais connaissent 12 pibrochs. Médaillés 12 fois, ils sont au plus haut niveau et, pour cette raison, le classement établi aujourd'hui est indiscutable.» Au terme de cette journée éreintante, aboutissement du travail de toute une année, le piper briécois ne dissimule pas son bonheur. «Faire une dixième place pour une première participation, c'est vraiment super. On décolle», s'exclame-t-il, en levant une pinte de bière locale pour saluer la performance. «Il y a beaucoup de stress dans un concours comme celui-là. C'est très différent d'un concours de bagad. Cette musique fait rêver chacun de nous. Nous voudrions tous accéder au niveau des meilleurs sonneurs écossais ou canadiens.»

Josselin Dubois, le Penn batteur est lui aussi satisfait : «Je suis heureux. Cette troisième place du pupitre des batteries, c'est vraiment bien. Il y avait une batterie à la fois musicale et technique. C'est une expérience positive qui nous permet de mieux nous situer par rapport aux rois de la cornemuse», explique-t-il.

«On revient avec une meilleure technique, et une plus grande maîtrise de l'interprétation», confie à son tour Florian Droual, le penn


sonneur, très impliqué dans la préparation des cornemuses pour cette première participation du bagad.

«Compétition acharnée»

Pourtant, au-delà de cette satisfaction, les sentiments des musiciens bretons restent partagés sur les mentalités et les pratiques musicales anglo-saxonnes. «Ils sont dans un esprit de compétition acharnée qui n'est pas le notre», confie Florian Nicolas, sonneur de bombarde alto. «Avec cette obsession du résultat qui est la leur, il n'y a pas de copains dans les pipes bands. Nous n'avions pas intégré l'écart de mentalité et de culture», regrette-t-il.

«Les Shotts ne sont pas attachés à un terroir comme le bagad», précise à son tour Peter Donald, un sonneur écossais. «Les musiciens viennent de tout le Royaume-uni, et même d'ailleurs en Europe ou au Canada. C'est un peu comme un club de foot professionnel. Ils attirent les meilleurs interprètes, parce qu'ils sont les champions du monde», ajoute également le musicien installé en France. «Le fait d'avoir amené les Shotts à jouer notre répertoire, et à se bouger comme on le fait, ça c'est fort !», confiera par ailleurs un des sonneurs briécois. Nul doute qu'ils ne restent disponibles, à l'avenir, pour d'autres projets et aventures musicales de ce calibre-là.

Jean-Pierre Bénard

(*) Bodadeg ar sonerion, l'Assemblée des sonneurs en langue bretonne.

Cet article est paru également dans la revue : Ar Soner du mois de décembre 2001. BAS - Centre Amzer Nevez - Soye - 56270 PLOEUMEUR. Tél : 02 97 86 05 54. Courriel : b-a-s@wanadoo.fr