Baptiste Lecaplain : « La politique ne me fait pas rire »

Baptiste Lecaplain est vendredi sur la scène du Glenmor avec son spectacle Baptiste se tape l’affiche. Entretien avec un jeune artiste amateur d’humour absurde et de répliques à 100 à l’heure.


Vous avez 28 ans et vous voilà déjà propulsé sur le devant de la scène. Comment est-ce arrivé et comment le vivez-vous ?

J’ai grandi dans une petite ville de Basse-Normandie où il n’y avait pas de théâtre. En voyant les humoristes se produire à la télé, je me disais : ça doit être super de faire ça. À 19 ans, j’étais en fac d’anglais et je me suis dit : je n’ai vraiment pas envie de faire ça toute ma vie. Je vais faire de la scène. Depuis, je me lève le matin en me disant que j’ai vraiment pris la bonne décision en allant à Paris, avec l’idée de monter sur les planches.

Je n’ai pas pris de cours de comédie ou de théâtre, mais, jusqu’à mes 23 ans, j’ai beaucoup écrit pour préparer un premier spectacle. Donc, je le vis bien. Je suis serein et épanoui. Cela dit, je suis aussi d’une éducation très terre-à-terre et je sais que ça peut aller très vite dans un sens, comme dans l’autre. Je verrais bien ce qui va m’arriver. Pour l’instant, je pense qu’en travaillant beaucoup, on s’évite le pire.

Dans la galaxie des humoristes français ou étrangers, est-ce qu’il y en a qui figurent parmi vos modèles ?

Oui, bien sûr. Mon humoriste phare est un anglais qui s’appelle Eddy Izzard. C’est un humoriste de l’absurde qui a été adoubé par les Monty Python. Quand je l’ai vu pour la première fois sur scène, ça m’a mis une claque. Je l’ai même rencontré et, en plus, il est très sympa. C’est pourtant une méga star qui peut remplir le Madison Square Garden... Il est aussi ami avec Nelson Mandela. C’est quelqu’un de vraiment bien, qui est adulé par tout le monde.

Gad Elmaleh a dit que vous étiez « Le meilleur de votre génération ». Ce n’est pas un compliment un peu trop difficile à endosser ?

Un de ses meilleurs amis était venu voir mon spectacle et m’avait dit : je vais en parler à Gad Elmaleh. Gad est venu ensuite assister à ma prestation dans la petite salle du Temple, à Paris, et il en a parlé dans la presse de façon très amicale et très spontanée.


« Je suis né en Basse-Normandie, j’ai fait mes études à Rennes et j’ai joué en championnat national de basket à Concarneau, Brest ou Quimper, alors, forcément, la Bretagne je connais déjà. J’adore. C’est un peu ma deuxième région », dit aussi Baptiste Lecaplain. Photo©:droits réservés.


Nombre de professionnels sont venus me voir dans la foulée, parce que, mine de rien, quand Gad Elmaleh parle de vous en bien, ça vous donne tout de suite un surcroît de crédibilité. Ça m’a aussi obligé à revoir mon spectacle et à le retravailler encore plus. Il y avait des endroits où c’était encore un peu faible et je me suis dit : désormais, je n’ai plus le droit de me louper.

Vous dites ne pas exercer d’humour politique. Pourtant, vous donnez des spectacles pour des enfants malades et on vous a entendu dans le débat public sur le mariage pour tous. Tout ça, c’est quand même un peu politique, non ?

Oui, c’est un peu politique mais je n’en parle pas dans mes spectacles. Je n’ai pas envie d’arriver sur scène pour faire une revue de presse sur les hommes politiques. Les Guignols de l’info et d’autres humoristes font ça très bien. Je pense que c’est beaucoup plus un créneau pour les imitateurs. C’est bien plus facile de se moquer d’un politicien en imitant sa voix. Avec cette technique, les Guignols de l’info ont même fini par rendre sympathique l’ancien président Jacques Chirac...


Moi, je ne suis pas dans ce créneau-là, parce que la politique ne me fait pas rire.

Vous déployez une grande énergie sur scène. Comment faites-vous pour tenir tout ce temps ?

Je fais beaucoup de sport. Je cours cinq à six fois par semaine. J’ai fait 13 ans de basket. Je ne bois pas, je ne fume pas et je suis heureux comme un gamin sur scène. Je prends beaucoup de plaisir à faire tout ça et si je sors du spectacle en étant épuisé, c’est tant mieux. Ça veut dire que j’ai tout donné. Je suis jeune, j’ai la santé, je fais attention à moi et, surtout, j’ai la passion. Quand on est passionné par ce qu’on fait, l’énergie vient toute seule.


Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec l'humoriste Baptiste Lecaplain, écrit et publié en novembre 2013 à l'occasion de son spectacle donné au Glenmor, à Carhaix (Finistère).