Devant seulement 80 spectateurs à l'Espace Glenmor

Le jazz infiniment grand des Belmondo


Dimanche, le quintet des frères Belmondo a ouvert la saison des concerts de jazz de l'Espace Glenmor, avec une longue fresque musicale magnifiquement inspirée. En première partie, les «Niou Bardophones Braz» ont ouvert le feu avec une fusion musicale réussie, à la croisée des musiques traditionnelles bretonne et d'un jazz métissé des plus débridé.

«Le jazz est une musique vivante et, parfois, le vivant donne lieu à bien des galères», s'excuse Daniel Thénadey, le directeur de l'Espace Glenmor, à propos du retard annoncé des musiciens du quintet Belmondo. Un imprévu dans lequel les quatre musiciens des Niou Bardophones Braz s'engouffrent hardiment, en juxtaposant illico jazz américain et rythme armoricain à grands renforts de biniou braz énervé, de sax baryton tonitruant et de bombarde bretonne échevelée. Un cousinage inattendu entre swing mystique du jazzman noir américain Albert Ayler et pulsation rythmique d'une ronde centre-bretonne. «A quoi sert d'être un artiste ?», demande tout à trac, entre laridé vannetais et mélopée à la turque, Guénolé Keravec, jeune musicien mué pour la circonstance en bon barde de l'intermittence artistique, martelant l'interrogation du poète Yvon Le Men sur un fond de bourdon obstiné de cornemuse.

Un ultime rappel plus tard, et le quintet Belmondo se jette enfin sur la scène, offrant au public impatient le spectacle rare d'une balance sonore menée tambour battant. «On va essayer de vous faire plaisir»,


Le quintet de jazz " Belmondo Impulse " a ravi, dimanche après-midi, un petit public d’amateurs venu goûter la musique sublime et généreuse des jazzmen varois.


promet Lionel Belmondo, tout juste sorti de l'étreinte des nuits blanches de la ville natale d'Adolphe Sax.

Fulgurances coltraniennes

«The memories that never dies», les souvenirs ne meurent jamais, lance la trompette rageuse de Stéphane Belmondo avec ce premier opus d’une longue suite musicale en quatre parties. Un souffle inspiré sourd du sax de métal bruni de Lionel Belmondo, le frère musicien au profil d’aigle tout de noir vêtu, admiratif des fulgurances coltraniennes et de l’univers du flûtiste Yusef Lateef. La batterie inventive de Philippe Soirat invite à méditer sur les choses de l’esprit (Mind thing). Une lumière bleutée envahi la scène. Des volutes fumigènes caressent le flanc doré de la contrebasse au bout d’un solo méditatif.


Les arpèges répétitives du piano lumineux de Laurent Fickelson évoquent le bercement de la houle cristalline des immensités océanes. Song for eternity, chanson pour l’éternité, souffle Stéphane Belmondo au creux d’un coquillage marin. Un ultime chorus en duo, bugle et sax soprane des frères solistes signe le retour au silence recueilli. A quoi servent les artistes ? demande le poète. A frôler, sans nul doute, le temps d’un concert, le bonheur sans prix et infiniment grand de la musique de jazz généreuse du quintet Belmondo.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné le dimanche 5 octobre 2003 à l'Espace Glenmor de Carhaix.