Son trio s'est produit le dimanche 28 novembre à l’Espace Glenmor

Beñat Achiary, le goût de la voltige vocale


En amour avec la Bretagne depuis de longues années, Beñat Achiary a donné concert dimanche, à l’Espace Glenmor, à l’occasion du 10e anniversaire du jumelage entre Karaez et Oiartzùn, une ville du Pays Basque sud. Avec son trio de musiciens mêlant à la fois le chant traditionnel, la danse et l’improvisation, le chanteur Basque offrira un spectacle de haute voltige vocale, entre musiques du monde et création contemporaine. Entretien avec un artiste au tempérament chaleureux, incarnant le renouveau des musiques basques et le goût des aventures musicales.

Votre travail d’artiste va bien au-delà du chant traditionnel Basque ?

On peut me trouver aussi, en effet, dans ce qu’on appelle les musiques improvisées. Je continue d’avoir des aventures depuis 20 ans dans ce domaine-là, mais pas seulement. Je travaille égale- ment avec des danseurs et des poètes, pour des spectacles mêlant la poésie, le chant traditionnel et la danse contemporaine. Par exemple, avec André Velter pour une série de poèmes intitulés : «L’Amour extrême», dansés par Pedro Pauwels, un fabuleux danseur contemporain. Avec Pedro Soler, un maître de la guitare flamenca et Makarand Tulankar et Rajendra Kulkarni, deux musiciens indiens venus de la ville de Poona, L’Amour extrême est un spectacle chorégraphié par Anne-Marie Reynaud, une des grandes artistes chorégraphes contemporaines.

D’où vous vient ce goût des rencontres musicales créatrices ?

Je tire ma force du chant traditionnel et de la façon dont il m’a été transmis : comme une aventure humaine, artistique, poétique et pleine de vie. Je veux poursuivre dans cette veine, parce que, pour moi, la tradition c’est la création. Une façon d’être le contemporain de soi-même dans le monde actuel. C’est pourquoi je continue de travailler et de créer avec ma langue, parallèlement à tout le reste. Comme avec ce récent spectacle sur le thème de la forêt, réalisé à partir de l’œuvre poétique d’un grand poète basque, José-Antonio Artze. Avec Aitor Alkorta et des bûcherons, ils jouent ensemble des percussions de poutre : les Txalaparta.


Le chanteur Basque Beñat Achiary s'est produit le dimanche 28 novembre 2004 à l’Espace Glenmor, en trio avec le percussionniste Ramon Lopez et l’accordéoniste Philippe De Ezkurra.


Deux autres musiciens de la scène basque : le flûtiste Etchecopar et le batteur Beñat Amorena font aussi partie de l’aventure, en compagnie de José Le Biez, le sculpteur sur bois qui fait chanter ses sculptures en les caressant. Vous voyez, c’est toujours un travail vivant sur notre culture : ouvert et enraciné sur le monde à la manière d’un arbre. Je ne refuse pas du tout ces aventures musicales. Au contraire. Je les attends et elles me trouvent (rires).

La transmission de la musique traditionnelle vous préoccupe-t-elle toujours ?

J’y tiens énormément et depuis longtemps. Nous sommes nombreux à nous être préoccupé de la transmission de la musique basque auprès des jeunes générations, pour donner un coup de main à ceux qui veulent l’étudier. Comme musiciens traditionnels, nous sommes fidèles à l’oralité, bien sûr, mais nous sommes aussi intéressés par les questions de pédagogie et de personnalisation de l’enseignement. Au Pays Basque, beaucoup de jeunes talents créateurs arrivent,


maintenant, dans les nouvelles générations de musiciens et de chanteurs.


Quels sont vos liens avec la Bretagne ?

J’ai un contact permanent avec la Bretagne. Yann-Fañch Kemener, Annie Ebrel, Denez Prigent, Erik Marchand et les frères Molard, que je connais bien par ailleurs, sont tous des amis. J’ai participé à des spectacles avec les uns et les autres, dans des temps très anciens, à La Roche Jagu, à Lorient, ou au Quartz, à Brest. Ici, au Pays Basque, nous avons créé, il y a 10 ans, un festival jumelé avec celui de Ploërmel. Bientôt, nous accueillerons le ballet de Flora Théfaine, basé à Nantes. Avec la Bretagne, c’est une histoire qui se compte en années, même si tout cela n’est pas très connu par ailleurs. J’aime beaucoup, beaucoup, ce pays. Les liens sont solides, profonds, et ça dure.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec Beñat Achiary, recueilli à l'occasion du concert donné le dimanche 28 novembre 2004 à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).