Devant 150 spectateurs seulement à l'Espace Glenmor

Beñat Achiary, le blues aux basques


Dimanche 28 novembre, Beñat Achiary, le chanteur basque, a donné un concert à l’occasion du 10e anni- versaire du jumelage de Karaez et d’Oiartzùn. En trio avec le percussionniste Ramon Lopez et l’accor- déoniste Philippe De Ezkurra, l’artiste a vocalisé entre scat aux couleurs d’Euskadi, blues blanc inspiré de Colette Magny et Jeff Buckley, et chant traditionnel basque.

Il a les cheveux blancs de ses 57 ans. «La tradition est une source puissante de vie et de création», lance Beñat Achiary, le chanteur basque, au sortir de la lecture chantée d’un court poème de José-Antonio Artze, un compatriote poète admiré de l’artiste. Sur la scène de l’Espace Glenmor, Philippe De Ezkurra ponctue les silences du chanteur de quelques notes parcimonieuses à l’accordéon. La voix s’emballe soudain sur un thème de John Lewis dédié à Django Reinhardt.

Corps arc-bouté sur le micro, visage tendu par la puissance du vibrato, Beñat Achiary improvise un scat énergique aux couleurs d’Eus- kadi. «And we told about freedom», chantonne-t-il, en reprenant les paroles bluesy de Meeting, une chanson naguère composée par Colette Magny. «Elle a donné du courage à des générations de musiciens», lance le chanteur, en hommage à la blueswoman blanche révoltée. Un fandango allègre et sauvage précède une danse basque métissée d’harmonies malgaches.


Dimanche, devant un petit public réunit à l’Espace Glenmor, le trio de Beñat Achiary a donné un unique concert à l’occasion du jumelage Karaez - Oiartzùn.

«Lilac wine, I feel unready for my love», mur- mure-t-il, à l’évocation d’une ivresse amoureuse reprise de Jeff Buckley.

Un blues nouveau

Livre en main, l’artiste soupire sur un vers choisi de Mallarmé. «Un baiser flambant se déchire», et l’accordéon expire, à son tour, sur le poème mallarméen en déployant une ritournelle virtuose aux réminiscences musette. «Goizian argi hastian», un oiseau bascophone se pose sur la fenêtre du poète, avec un dernier chant traditionnel du pays de Soule.

Le chanteur agite rêveusement son livre à la manière du volatile sur les dernières notes du piano à bretelles. Avec son art de la vocalise improvisée, Beñat Achiary invente un blues nouveau à l’accent collé aux basques, et nourrit de toutes les musiques du monde.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Beñat Achiary, donné le dimanche 28 novembre 2004 à l'Espace Glenmor de Carhaix (Finistère).