Les guerilleros musicaux de la scène concarnoise

Le reggae tchatcheur et clairvoyant de Blind


Samedi, l’Utopia la bien nommée, accueillait les musiciens de Blind, un groupe qui s’emploie à tenter d’élargir la vision, et le goût du public, pour les mélanges culturels et musicaux.

Dans la salle, aux avant-postes des musiciens du groupe Blind venu de Concarneau, Pierre et Yann, duo de rappeurs tchatcheurs, harangue inlassablement le public sur une vigoureuse chorégraphie hip hop. Comme en écho à la frise de danseurs et de guerriers façon "Arts premiers", qui souligne sur la façade, l’enseigne de l’Utopia, les deux chanteurs se donnent des airs de guérilleros musicaux clairvoyants, partis à l’assaut de la fracture nord-sud.

Guerilla musicale

"Tous les jours la misère ne cesse de s’étendre. Regarde autour de toi, le décor ne change pas, ça me met hors de moi", clament-ils à l’adresse des jeunes spectateurs. "La guérilla musicale est déclarée", insistent-ils, pour dire leur refus des musiques sans racines, et sans histoire. Sur la rythmique très reggae, tricotée par la paire basse batterie de Stéphane et de Morgan, Julien, le saxophoniste à casquette, apporte une touche jazzy collectée du côté de Ben Webster et de Lester Young.

Éric, le Dj aux allures de corsaire, pimente le tout de quelques ingrédients sonores électroniques, cuisinés sur les galettes de ses deux platines. Encore hésitants dans leur quête d’authenticité, les musiciens avancent toutefois prudemment. "Ce qui nous importe, ce sont les bonnes vibrations. On manque encore de maturité pour un engagement plus précis", indique Pierre, le chanteur. "On veut rester nature, sans paillettes ni fioritures", se contentent-ils de chanter. "Open your mind", finissent-ils par lancer, malgré tout, au public, dans une dernière et puissante exhortation reggae à l’ouverture sur la pluralité musicale et culturelle. À l’opposé de tout aveuglement, justement.

Jean-Pierre Bénard