Bobby and Sue, un blues majeur en black and white

Leur duo guitare et voix est né à Douarnenez, il y a à peine dix ans. Depuis, le swing jazzy teinté de blues de Bobby and Sue s'est fait l'ambassadeur de la cité penn sardin, jusqu'à Paris, Montréal et Saint-Louis, au Sénégal. Rencontre avec deux artistes au tempérament forgé dans le foisonnant vivier musical douarneniste.

Il a commencé le piano classique quand il était tout gamin, vers six ou sept ans. « J'ai arrêté à l'adolescence. Quand les copains fréquentaient plutôt les Locos Rock pour y jouer de la guitare électrique. Du coup, raconte Brendan De Roeck, alias Bobby, je m'y suis mis en autodidacte. »

Violaine Fouquet, sa complice, a peaufiné de son côté son timbre de voix à l'épreuve des joutes chantées familiales. « Ça faisait partie de la tradition de chanter tous ensemble lors des repas de famille, notamment des chants de marins », confie la chanteuse en souriant. Jeunes bretons et douarnenistes pur beurre, Brendan De Roeck et Violaine Fouquet affichent aujourd'hui une trentaine conquérante. « Nous avons 33 ans tous les deux, mais, glisse le guitariste avec humour, Violaine est nettement plus âgée que moi ! »

Une formule excitante

Ensemble, ils se sont jetés dans cette aventure d'un duo inédit qui a fait mouche à l'aube des années 2010. « Arriver avec un répertoire un peu nouveau et dans une formule à deux musiciens, sans rien d'autre qu'une guitare et une voix, c'était excitant », sourient-ils en évoquant leurs passages à sur-Seine, Jazz à Vannes, puis au Festival International de blues de Montréal (Québec). Trois rendez-vous en blues majeur, qui valent aujourd'hui une notoriété internationale aux Douarnenistes Bobby and Sue.

Qu'elles s'intitulent The Wrong subway, Angela tears ou encore Dressed to kill, leurs compositions arborent langueurs bluesy, émotion à fleur de voix, et arrangements finement ciselés. « Même si nous avons deux plumes relativement différentes, nos histoires et


Dans les 14 chansons du nouvel album de Bobby and Sue, deux compositions expressément dédiées par Brendan à Charlie et Anita, ses deux enfants. « Des prénoms de jazzmen, comme il se doit », sourit le pianiste et guitariste. (Photo©Renaud Monfourny).


nos obsessions expriment les grands sujets universels : chansons d'amours déçus ou drames qui déchirent le cœur, comme dans le blues et le jazz », insiste Brendan.

Les blancs-becs de Londres

Leur goût pour cette esthétique black and white, et leur passion commune pour la musique noire américaine, a fait le reste. « J'ai découvert la musique avec les Who, les Beatles et les Rolling Stones, raconte le guitariste. Après, j'ai juste remonté l'histoire à l'envers, aux sources du jazz, du rock et de la soul, pour comprendre comment ces blancs-becs de Londres ou de Liverpool, en étaient venus à créer cette musique-là. »

Le clip officiel de Bobby and Sue, réalisé en 2013 par le Douarneniste Thierry Salvert,


offre un superbe condensé de l'univers sombre et énigmatique de leurs compositions. Une vidéo d'allure ténébreuse et fantastique, qu'un Tim Burton n'aurait sans doute pas renié et qui reprend le titre phare, empreint d'humour noir, de leur deuxième album : I am dead, thanks for asking, Je suis mort, merci d'avoir demandé.

Tout juste sortis de trois résidences à Plestin-les-Grèves, Plozévet et à la MJC de Douarnenez, Brendan et Violaine donneront un concert le 18 décembre 2015, à la MJC. « Ça nous tenait à cœur, parce que le noyau dur des gens qui nous soutiennent est ici », expliquent-ils à propos de la sortie de leur 3e album, financé par une souscription abondée en grande partie par le public local.

Jean-Pierre Bénard


Chronique écrite en septembre 2015 et publiée à propos de la sortie du nouvel album de Bobby and Sue.