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C'était en Juillet 1980. J'avais entrepris un voyage aux USA et au Canada avec un ami. Nous nous étions rendus de Québec au domicile de M. Boudreault, à Chicoutimi, au volant d'une superbe voiture américaine de location : boite automatique et climatisation. Un luxe assez ordinaire en Amérique du Nord. Nous avions une excellente recommandation en la personne de Claude Méthé, à l'époque violoniste fondateur du Rêve du Diable. Questionné sur l'origine de certains airs de violon, interprété par les musiciens de ce groupe, Claude nous avais abondamment parlé de Louis Boudreault et de Jo Bouchard. Le répertoire et le style de ces deux musiciens traditionnels, récemment redécouverts à l'époque, avaient été, fort heureusement, enregistré avant que la mémoire musicale dont ils étaient porteurs ne disparaisse avec eux.

Un accueil chaleureux

M. Boudreault et sa femme nous ouvrirent leur porte et nous accueillirent très chaleureusement. Ils étaient au moins aussi intimidés que nous, et très étonnés, sans doute, que l'on puisse venir de si loin, écouter un musicien et un style de violon délaissé pendant de nombreuses années par ses contemporains.

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La télévision est restée allumée en permanence toute la journée. C'est pourquoi on l'entend parfois en fond sonore, sur l'enregistrement réalisé à cette occasion. Personne, pourtant, ne la regardait. Le musicien lui tourne le dos, entièrement concentré sur son instrument, et sur l'interprétation de sa musique.

De toutes les manières, il ne s'agissait pas de faire un enregistrement professionnel aux fins d'une publication. Aussi, la qualité technique laisse-t-elle beaucoup à désirer. Mais depuis plus de 30 ans que ces cassettes traînent au fond d'un tiroir... au gré des déménagements et de l'usure du temps, l'intensité du signal s'est quelque peu envolée. Il faut tendre l'oreille à l'écoute.



Louis Boubreault dans sa maison de Chicoutimi (photo JP BÈnard)

Louis Boubreault, en 1980, dans sa maison de Chicoutimi.


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Un patrimoine culturel

Au Québec, le répertoire de musique pour violon provient, en grande partie, de l'influence culturelle des immigrants originaires des Îles Britanniques (Irlandais et écossais). Mais le tempérament latin, et la culture francophone des générations successives de violoneux québécois, ont fait de cette musique un objet distinct. Un ensemble d'airs à danser qui ne sont ni irlandais, ni écossais, mais tout simplement québécois, et qui font indiscutablement partie, aujourd'hui, du patrimoine culturel du Québec.

Il reste aujourd'hui le souvenir ému de quelques notes, habillées du coup d'archet, de quelques tapements de pieds et du style caractéristique, et peut-être unique, de Louis Boudreault. Et aussi, bien sûr, le souvenir du timbre chaleureux et grave, de sa voix de conteur. La découverte a été passionnante.

À ma connaissance, Louis Boudreault est venu une fois en France, sur le tard, à l'invitation d'un festival de musiques traditionnelles à Rennes, en Bretagne.

C'est avec beaucoup de respect et de précaution que nous avons noué la relation. M. Boudreault, très âgé et fatigué, nous a pourtant accordé beaucoup de son temps. Comme à son habitude, du moins j'imagine qu'il devait en être ainsi, il évoquait d'abord à l'aide d'anecdotes et de souvenirs, le contexte qui entourait la production de cette musique puis, quand la lassitude gagnait, il empoignait son violon et exécutait un air dicté par l'inspiration du moment. Nous avons échangé avec lui quelques airs d'accordéon, de vielle à roue et de violon qu'il a écouté avec beaucoup d'indulgence.

Un style français

Je connaissais le violon québécois par les enregistrements de Jean Carignan, Philippe Gagnon et du Rêve du Diable. Je n'avais jamais entendu ce style, et surtout ce répertoire, qui sonne « français » et qui est resté préservé, semble-t-il, d'une influence celtique, bien plus manifeste chez Jean Carignan. Ce jour-là M. Boudreault nous a donné sa musique, en toute simplicité, avec beaucoup de générosité. Si vous avez la possibilité de vous procurer le disque de collectage que les éditions Tamanoir lui ont consacré, vous pourrez vous faire une juste idée de la qualité des interprétations de ce musicien, et de la place importante qu'il occupe dans l'histoire de la musique traditionnelle du Québec.

Louis Boubreault dans sa maison de Chicoutimi (photo JP BÈnard)

Un style de violon unique en son genre.