La rue Brizeux, artère principale au Moyen-Âge

La rue Brizeux, autrefois rue du Pavé, est née avec l’expansion urbaine de Carhaix au Moyen-Âge. Suivez le guide avec Michel Chevance.

À l’époque, la petite société médiévale carhaisienne installée à l’abri des murs du bourg castral (1), s’enhardit et franchit peu-à-peu l’enceinte protectrice. Nous sommes au XIIe siècle et les choses bougent à Carhaix et dans le Poher. « Nous avons la confirmation de l’existence à Carhaix, d’un prieuré dédié à saint Trémeur, par une charte de Guy de Thouars datée de 1210 », nous explique l’historien carhaisien Michel Chevance. « Mais il existe aussi des indices, au cours du XIIe siècle, qui laissent penser à une fondation bien antérieure. »

Dans la Bretagne indépendante des Ducs, Carhaix n’est encore qu’une modeste cité ducale parmi une quarantaine d’autres. Pourtant, la ville a déjà les honneurs de la littérature du temps. « On peut lire dans le Roman de Tristan, écrit par Béroul en 1180, une invocation adressée à saint Trémeur de Carhaix par le roi Marc. Plus étonnant encore, sourit aussi l’historien, dans les poèmes et romans arthuriens de langue romane, Iseult et la reine Guenièvre sont toutes deux Carhaisiennes ! »

« Le moteur du quartier »

Pour les habitants de la rue Brizeux, la proximité du prieuré de saint-Trémeur, bientôt érigé en collégiale (2), est une aubaine. « Il est sans aucun doute le moteur de la construction du quartier, et la structure de cette artère laisse à penser qu’on a affaire à une sorte d’opération d’urbanisme planifiée. » Selon Michel Chevance, la disposition du parcellaire laniéré de la rue Brizeux en témoigne. « Comme c’est aussi le cas dans tous les centres urbains de l’Ouest à la même époque. »

Un hôpital au XVe siècle

Plusieurs monuments emblématiques vont marquer l’histoire de la rue au fil du temps. « La maison du Sénéchal date de la fin du XVIe siècle. On n’explique pas très bien l’origine du nom, mais il n’est pas impossible


Ancienne rue du Pavé, la rue Brizeux doit son nom à Auguste Brizeux, un poète romantique du XIXe siècle. À droite, la maison du sénéchal, datée de la fin du XVIe siècle. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


qu’un sénéchal (officier de justice du roi. NDLR), ait effectivement habité cette maison singulière et de construction soignée. » Autre bâtiment ayant traversé les siècles : la chapelle sainte-Anne, située dans la partie médiane de la rue. « C’était la chapelle du premier hôpital général de Carhaix, fondé par Maurice du Mené », raconte Michel Chevance. Un curieux bonhomme, celui-là.

« Chambellan du duc de Bretagne, il a aussi été capitaine de Louis XI et gouverneur d’Aigues-Mortes. Dans les années 1470, le capitaine s’est rendu coupable d’un massacre à Pointoise, au cours d’un règlement de compte nobiliaire. » Pour éviter la disgrâce et obtenir la rémission de ses pêchés, Maurice du Méné construira cet hôpital, destiné à l’accueil des pauvres et des vieillards.

Des archives brûlées

Impossible, hélas, d’aller plus avant dans l’histoire du quartier. « Les archives de la ville ont brûlé en 1590, pendant la guerre de la Ligue. Il ne nous reste que des fragments qui ne peuvent, par exemple, servir de base fiable à une estimation de la population carhaisienne », se désole l’historien. « Une population que l’on peut toute-


fois situer entre 500 et 1 000 habitants à la fin du Moyen-Âge. »

La fête du Koz Tier

Dans la partie haute de la rue, non loin de la mairie, se dresse encore l’ancienne hôtellerie de la Petite perruque. « Un perruquier était installé là au XVIIIe siècle, pour une clientèle nombreuse de têtes nobles encore à coiffer », raconte aussi l’historien, lié par quantité de souvenirs affectifs à l’histoire de l’ancienne rue. « Dans les années 70-80, avant d’être éclipsée tout récemment, la fête du Koz Tier (vieille maison, en breton ancien), battait encore son plein et coïncidait avec le pardon de sainte Anne. Il y avait aussi un koan vras (grand repas) et un fest-noz. Et ça parlait breton ! »

Jean-Pierre Bénard

(1) Un vestige de l’ancienne forteresse de Carhaix est encore visible à deux pas du pôle emploi.

(2) Collégiale : sanctuaire où des chanoines officient en communauté, selon la règle de saint Augustin.


La tour de l’ancien hôpital, construite au XVIe siècle, détruite en 1964, peu après l’inventaire Malraux. (Photo : droits réservés).


Haut de la rue Brizeux. À gauche, l'ancienne hôtellerie de la Petite perruque qui doit son nom à une boutique de perruquier, installée à cet endroit à la fin du XVIIIe siècle. (Photo©Jean-Pierre Bénard).