Bulldog Gravy : blues très « roots » au Vauban

Emmenés par le bluesman américain Mike Greene, les musiciens de Bulldog Gravy étaient à l'affiche du dernier concert de la saison Accords-MJC.


Barbichette grisonnante, chemise fleurie et pieds nus aux quatre vents, Mike Greene entonne un petit blues bien serré. «Tight like that ! Un morceau qui se chante dans les bouges du samedi soir», lance le bluesman américain venu de Brooklyn, USA, avec ce premier refrain à tiroirs coquins.

«Baby please don't go», enchaîne-t-il, aussitôt, avec ce cri du coeur cher aux amoureux du blues, surligné d'une longue note plaintive lancée à la guitare slide par son compère Philippe Sangara. «She got me going crazy, and I don't know why», s'écrie-t-il, la mine chagrine au souvenir autobiographique d'une femme tornade. «She is a whirl wind cry.»

Au milieu des poulettes de la basse-cour, le petit coq rouge n'est guère plus chanceux. «C'est à peine s'il peut pousser un dernier cocorico épuisé au petit matin», ironise le chanteur à l'attention des spectateurs du Vauban, avec Little red rooster, un blues animalier repris d'Howlin Wolf. «I put a spell on you because you are mine, je t'ai jeté un sort parce que tu m'appartiens», lance-t-il, également, avec cette bluette vaudou électrisée signée Screamin Jay Hawkins. «J'avais quatorze ans au début des années 60 et c'était fendar», se remémore enfin Mike Greene, avec Walking the dog, chanson en forme de parodie de marche nuptiale apprise de Rufus Thomas.


Mike Greene et Bulldog Gravy ont donné un concert de blues râpeux, fait de compositions originales et de standards puisés aux meilleures sources du genre.


Passant avec bonheur d'un blues roots rageur et râpeux, aux ballades folk des sixties, l'artiste reprend aussi à son compte les protestations d'un Bob Dylan. «Je dédie Maggie's farm, chanson sur la dure condition des ouvriers agricoles, à Laurence Parisot, la patronne du Medef», explique-t-il, dans un excellent français, alors que le guitariste entre en conciliabule avec son ampli, tricotant avec à propos une série de larsens hendrixiens.

Jeudi soir, pour le dernier concert de la saison Accords-MJC, Mike Greene et Bulldog Gravy ont délivré un blues dense et élégant, puisé


aux meilleures sources rurales et urbaines du genre. Une musique chaleureuse et souriante, nourrie des riffs créatifs de Philippe Sangara et de la rythmique précise et charmeuse de Jérôme Lavail et Farid Khenfouf.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de blues donné par Mike Greene et Bulldog Gravy, le jeudi 13 avril 2006, à l'espace Vauban à Brest (Finistère).