Les Vieilles Charrues ont présenté le duo devant 320 spectateurs au Glenmor

Le blues élégant de Burger et Marchand


Dimanche, le rockeur Rodolphe Burger et le chan- teur bretonnant Erik Mar- chand ont investi la scène de l’Espace Glenmor pour un concert tiré de leur album commun Before Bach. Une heure et demie d’une musique dense, zébrée d’éclairs balkaniques, de raï constantinois et de fulguran- ces bretonnantes, bercées par le roulement obsédant de la puissante rythmique du Meteor Band. Une création et un spectacle unique produit pour l’occasion par les Vieilles Charrues, en collaboration avec l’espace Glenmor.

Une cloche sonne un glas obsédant en fond sonore. Planté dans la lumière d’un projecteur, Erik Marchand lance les premiers mots d’une litanie bretonnante. «C’est la vie qui est comme ça», murmure, à peine audible, une voix de mamie bretonne samplée par les soins de Rodolphe Burger. Déjà, la guitare du rockeur alsacien habille la mélodie de ses premiers riffs atmosphériques. «Totem et tabou. L’île de Batz. Sans doute le thème le plus breton de Burger», explique au sortir de ce premier morceau, le chanteur bretonnant.

Économe de ses gestes sous son large chapeau de feutre noir, Erik Marchand enchaîne les mélopées inspirées de Bretagne et de Roumanie, mariées aux textes en langue bretonne du conteur et chanteur Christian Duro. «Before Bach, c'est le titre éponyme de l’album produit ensemble», indique-t-il, alors que Mehdi Haddad, le joueur de oud, entame une introduction de cordes pincées au goût de raï constantinois.


Dimanche, au Glenmor, Erik Marchand et Rodolphe Burger ont ravi un public friand de croisements musicaux, entourés des musiciens du Meteor Band et du joueur de oud Mehdi Haddad.

Montant du fond de scène, la paire rythmique Marco De Oliveira et Hervé Loos embarque cette musique populaire d’avant Bach dans une belle spirale hypnotique. Ravis, les spectateurs scotchés dans le velours rouge des fauteuils du Glenmor, ne mégotent pas le point d’orgue libérateur de leurs applaudissements.

Noyée de regard bleu

La musique est aussi une affaire de geste et le guitariste Rodolphe Burger s’y adonne avec élégance, frottant du plat de la main les cordes de sa Fender dans une suite de déhanchements aux élance- ments syncopés. Avec The Moon Shiner les musiciens s’abreuvent aux sources harmoniques des distilleurs anglo-saxons du clair de lune, pour une brève respiration due au seul Meteor Band.

«L’étourdissement est une sensation que l’on cher- che aussi dans le Nord de la Grèce», rappelle, fort à propos, Erik Marchand, avec Zalizome un thème populaire d’origine grecque tiraillé entre tension mélodique croissante et ralentissement du chant. «Il aurait mieux valu ne jamais se connaître dans ce monde vieilli. Et les rêves que nous avons fait naître, il vaudrait mieux qu’on les oublie», lance, enfin, dans un dernier blues nocturne et maritime, la voix grave et chaude du rockeur Rodolphe Burger avec Thinking to night, une navigation dans les eaux lointaines d’une mer noyée de regard bleu.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné par Rodolphe Burger et Erik Marchand, le dimanche 29 janvier 2006 à l'Espace Glenmor de Carhaix, (Finistère).