Calle Cerezo, la grâce altière de l’art flamenco

Dimanche, les 5 artistes de la compagnie du guitariste Javier Cerezo ont embarqué le public du Glenmor au cœur de la sensualité et de la fougue de l’art gitan.


«C’est la première fois que vous aurez le privilège et l’honneur de vous enflammer pour du flamenco», prévient d’entrée de jeu Daniel Thénadey, le directeur de l’espace Glenmor. Javier Cerezo installe bientôt sa guitare et les premiers accords annonciateurs d’une tarenta claquent dans la demie obscurité du fond de scène. Le cheveu noir mi-long, José Cortes lance à son tour d’une voix grave les premiers mots d’une complainte psalmodiée en espagnol. «Un chant libre évoquant le temps des exploitations minières d’Almeria», confie le chanteur au sortir du concert.

Les silhouettes d’Aurelia Vidal et Alexandra Gonzalez rejoignent silencieusement les artistes déjà sur le plateau. Danseuses en titre de la compagnie, elles frappent la cadence de leurs mains et soutiennent les musiciens de la voix en lâchant des «Olé !» sonores d’encouragement. Dans la salle du Glenmor l’attention recueillie du public est palpable. Chanteur et guitariste échangent un bref sourire complice, laissant échapper leur contentement au bout de cette mise en voix saluée par un tonnerre d’applaudissements.

Une allégresse perlée de sueur

Place à la danse. Le buste serré dans une robe noire, Aurelia Vidal prend possession de l’avant-scène. De la voix et de la guitare, José Cortes et Javier Cerezo nourrissent les arabesques dessinées par les mains de l’artiste, avec une mélodie de tango fandango festif venu du sud de l’Andalousie.


À cet emplacement figure une photo de la danseuse Alexandra Gonzales.

Alexandra Gonzalez, l’élève de Mercedes Amaya, danse le flamenco dans un style épuré et tout en retenue sensuelle.


Visage expressif, l’élève de Marisol Gimenez souligne l’intensité d’une chorégraphie solo, bientôt embarquée sur un chant ponctué de claquements de souliers secs et rapides. «C’est un martinet, un chant de forgeron évoquant les coups de marteau sur l’enclume.» La fièvre monte dans le public centre breton gagné par la générosité des artistes, dispensant sans faiblir leurs improvisations musicales aux multiples ressources rythmiques.

«Ravi d’être parmi vous. On va essayer de continuer comme ça», lance le guitariste avec un sourire. Dans la lumière des projecteurs, Aurelia Vidal tournoie, buste cambré et silhouette altière, enchaînant des figures de matador dans une allégresse perlée de sueur.


Le guitariste quitte sa chaise, pouce levé. «Elle est formidable, n’est-ce pas ?», semble-t-il dire.

Alexandra Gonzalez, l’élève de Mercedes Amaya, n’est pas en reste non plus. Dans un style tout en retenue sensuelle et au classicisme épuré, elle nous rappelle tout ce que l’art fougueux des gitans doit aux ancêtres danseurs restés au Rajasthan indien. Avant que le public ne salue en les applaudissant longuement, les artistes de la compagnie Calle Cerezo et leur flamenco de haut niveau.

Jean-Pierre Bénard


À cet emplacement figure une photo des artistes de Calle Cerezo sur la scène du Glenmor.

Dimanche, le magnifique flamenco de la compagnie Calle Cerezo a réuni près de 540 spectateurs au Glenmor et déclenché l’enthousiasme des spectateurs, saluant pendant de longues minutes le flamenco de haut niveau présenté par les artistes.


Chronique du spectacle de la compagnie Calle Cerezo du 18 mars 2007, à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).