Le 1er festival des musiques et chansons d'outre-atlantique à Capbreton

Ambiance canadienne aux Déferlantes


Les passionnés de musique traditionnelle du Canada connaissent bien la ville de Cap-Breton, située sur l'île du même nom au nord de la Nouvelle-Écosse et à l'est du Canada. À quelques milliers de kilomètres de là, de l’autre côté de l’Atlantique, une même musique de violons traditionnels teintée de couleurs musicales venues des Highlands d’Écosse et du grand large canadien, a résonné dans les rues d’un Capbreton situé en France, sur la côte landaise. Le premier festival des musiques Francophones d’Amérique du Nord, les Déferlantes francophones, se tenait en effet, à quelques encablures de Dax au mois d'août 98.


A Capbreton, le décor est celui d’un port de plaisance ultra moderne où quelques petits chalutiers, rescapés de la pêche artisanale, côtoient de nombreux bateaux de plaisance dans une ambiance estivale. En cette fin du mois d'août, le soleil est de la partie.

Les «Maganés» ont pris place à bord de la vedette du passeur pour rejoindre la Commanderie du port. À l'occasion du festival, Radio France Landes a installé ses quartiers à proximité. Dans la fraîcheur matinale de cette courte traversée, les musiciens sonnent leurs premiers reels de la journée sous le regard un peu ahuri de quelques passagers.

Ambiance canadienne

À la terrasse du café, l’ambiance est encore plus nettement à l’heure canadienne. En contrebas, un grand gaillard brun, venu de Baie Sainte-Marie en Acadie, sort un violon de son étui pour entamer une suite de gigues et de reels. Il pousse à la danse un groupe de cinq jolies jeunes femmes, toutes vêtues de robes noires et chaussées, comme il se doit, de souliers ferrés. Sous l’oeil de la caméra de Radio-Canada, elles livrent, aux spectateurs qui les entourent, une impressionnante démonstration de gigue parfaitement synchronisée. Le résultat d’ un mélange de culture française et anglo-saxonne d'Amérique du nord, au son du reel Sainte Anne et sur une chorégraphie aux couleurs irlandaises.

Applaudissement mérités pour les artistes du «Grand Dérangement», jeunes musiciens de Nouvelle-Écosse, portés par la volonté de perpétuer leur héritage culturel. En remontant les escaliers au sortir de leur performance, les danseuses font entendre les accents du français parlé par les dix mille acadiens francophones, qui résident dans cette partie de l’Acadie.

 

Affiche déferlantes

L'affiche du festival

Pendant ce temps, Maurice Segall, initiateur du festival, et Alain Lamontagne, conteur et musicien québécois, ont pris place aux cotés de l’animateur de Radio France, afin de présenter le programme de la journée.

Autre accent, autre facette de la culture des francophones de cette partie de l’Amérique, le conteur Alain Lamontagne se lance à son tour dans une histoire pimentée de riffs de ruine-babines, et de tapements de pieds qui donnent bien du souci au preneur de son.

Le jeu de l'entrevue

Invités du festival, les musiciens des Maganés viennent également jouer le jeu de l’entrevue. Un moment au cours duquel Luc Gaudreau, le câlleur-gigueur originaire de Montmagny au Québec, donne un aperçu de la gigue façon Belle province, et explique aux auditeurs comment fonctionne un bal québécois. Occasion aussi, pour Les Maganés, de présenter le premier cédé du groupe actuellement en cours d’enregistrement, et dont la parution est attendue pour cet automne, avant de faire entendre quelques mesures de la musique qui sera jouée le soir même.

Entrevue avec les Maganés

Entrevue avec Les Maganés

Musique québécoise et folk rock

A La Pergola, restaurant de Capbreton où se retrouvent les musiciens, techniciens et agents artistiques invités des Déferlantes, les conversations et les retrouvailles des uns et des autres ne laissent malheureusement pas beaucoup de place, et de temps, pour partager la musique.

Pierre Toussaint, artisan infatigable de la musique traditionnelle des Bayous, est présent. Pianiste du groupe de musique cajun : «Bonjour Louisiane», il s’intéresse de près à la musique et à la danse du Québec. Rédacteur de la revue «Vent du Sud», et chroniqueur des nouvelles parutions discographiques, il suggère que les groupes ne se contentent pas d’enregistrer de longues suites de reels, aussi bien arrangées soient-elles, sans essayer de rendre l’atmosphère de la danse et du bal. La voix du câlleur, les rires des danseurs, et une petite explication des danses dans le livret d’accompagnement, lui semblent participer de la pédagogie nécessaire, pour aider à la diffusion et à la transmission de ces danses.

TransAcadie et Suroît

Les musiciens des groupes «Trans Acadi» et «Suroît» n’ont pas ce genre de préoccupation.

Avec une orientation résolument variété-rock pour les uns, et folk-rock pour les autres, ils ont enflammé le public du palais des sports de Capbreton, où se tenait la soirée d’ouverture du festival. Le public a volontiers repris les refrains proposés par les jeunes musiciens de Trans Acadi, qui semblaient ravis, pour leur part, de se retrouver devant une salle réceptive pourtant à des milliers de kilomètres de chez eux.

Les musiciens de Suroît ont choisi, quant à eux, de donner dans la musique traditionnelle amplifiée, sur la base d’une batterie très présente. Membres fondateurs, pour certains d’entre eux, du fameux groupe «1755», qui avait marqué le renouveau de la musique acadienne à la fin des années 70, leur sonorité doit aussi beaucoup à la présence d’un violoniste hors pair, qui allie des qualités de style avec une grande énergie démonstrative.

Au final, un groupe qui mêle les traditions musicales héritées, non seulement, des communautés francophones d'Amérique du nord, mais aussi celles venues des influences country et bluegrass, des USA tout proche.

Un bal québécois transcanadien

Les Maganés avaient pour rôle de clore cette première soirée du festival, avec un grand bal québécois. Mission ô combien périlleuse pour ces musiciens qui animent des soirées québécoises depuis de nombreuses années. Après une première partie de soirée très rock, la musique acoustique (2) jouée par cette formation avait pour défi, en effet, de retenir l’attention d’un public rassasié de décibels.

La scène était dressée au sortir du bâtiment et à proximité immédiate de la buvette du complexe sportif. Aux alentours de minuit, le câlleur Luc Gaudreau lançait des appels à la danse pour mobiliser à nouveau l’énergie des spectateurs, et entamer avec eux le bal québécois au son du violon d'Olivier Chérès et de ses compères Benoît Reeves au piano, et Serge Desaunay à l'accordéon.

Après quelques hésitations, et avec le renfort des québécois et acadiens présents dans le public, le bal commençait, pour se poursuivre jusques vers trois heures du matin. On vit des gens qui n’avaient jamais dansé, et d’autres, qui n’attendaient que cette occasion, prendre, une fois de plus, un grand plaisir à enchaîner les suites de quadrilles et de sets carrés, sur la musique entraînante des Maganés.

Texte et photos : J.-P. Bénard
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