À Carhaix, l’histoire ancienne des coteaux sud

Connus des Carhaisiens sous le nom de Petit-Nice, les coteaux sud de la ville ont connu une occupation urbaine notable dès l’Antiquité.

Déjà à l’époque de Vorgium, l’ensoleillement et la fertilité des coteaux sud de la ville ont semblé avoir la faveur des habitants. « Il y avait des quartiers d’habitations bâtis à cet emplacement dans l’Antiquité », confie à ce sujet l’historien carhaisien Michel Chevance. Une occupation urbaine attestée par différentes fouilles archéologiques préven- tives, réalisées ces dernières décennies. « Depuis le haut du plateau, situé à 140 m d’altitude, les archéologues ont trouvé des traces d’habitations à flanc de coteau, sur près de 50 mètres de dénivelé. »

Un saint gallois du Ve siècle

Au Moyen-Âge, l’occupation du quartier ne se dément pas avec l’édification de l’enclos de saint-Quijeau, l’actuel quartier de La Salette. « Sans doute le site religieux le plus ancien de la ville, puisqu’il est attesté dès l’an 1080 », explique l’historien en évoquant la brève biographie du saint gallois auquel la chapelle du lieu était consacrée. « On sait en effet très peu de chose sur lui, indique Michel Chevance. Sinon que Ceidiau (de son nom gallois, alors très répandu dans le Nord de l’île de Bretagne), était un évangélisateur du Ve siècle, formé dans le très ancien monastère de Llan- carfan, existant au Pays de Galles depuis la fin de l’Empire romain. »

Un de ces nombreux émigrés gallois qui ont marqué l’installation des Bretons en Armorique, et qui mériterait sans doute sa place dans la future vallée des 1 000 saints, à Carnoët. « Saint Quijeau était un contemporain de saint Patrick et son culte a été très répandu dans le Poher », insiste l’historien en soulignant également l’effet inattendu d’une trop grande ferveur : « Il est parfois confondu avec Kidou, son presque homonyme, dont le culte est surtout répandu en pays Bigouden. »

L’enclos de saint-Quijeau

Intéressant par son ancien- neté, l’enclos de saint-Quijeau l’est aussi par sa disposition. « Avec trois chapelles dédiées à saint Quijeau, sainte Barbe, et sans doute aussi saint Gildas,


À droite du Champ-de-bataille (place de La-Tour-d’Auvergne), on peut distinguer sur cette photo aérienne, les maisons du Petit-Nice et les jardins potagers des coteaux sud. Un quartier déjà occupé à l’époque du Vorgium antique. (Photo : droits réservés).


comme le laisse supposer l’existence d’une parcelle jouxtant le lieu et connue autrefois sous le nom de Park sant Gildas. » Une structure en trois chapelles qui n’est pas sans évoquer les monastères du haut Moyen-Âge, dans les pays cel- tiques et aussi en Gaule, selon Michel Chevance.

Un pierrier antique ?

Au XVIIIe siècle encore, le site se rappelle au bon souvenir des Carhaisiens. « Le président de Robien (*) rapporte la découverte de fragments de sarcophage, ce qui n’est pas étonnant, puisque l’enclos comportait aussi un champ-des-martyrs (grec’henn-ar-garnel, en breton), un charnier, situé entre le parc du Château-Rouge et la rue Anatole Le Braz. »

Un acte du XVe siècle mentionne aussi l’existence d’un pierrier, à côté de saint-Quijeau. De quoi lever, peut-être, une partie du mystère de la disparition de la ville antique. « Pierrier naturel ou pierrier antique, toute la question demeure. Même si la seconde hypothèse me paraît probable », sourit Michel Chevance à propos de ces matériaux qui ont servi à l’édification de la chapelle saint-Augustin.

Les fourches patibulaires

Dans cette partie sud à l’habitat assez clairsemé, une chapelle dédiée à sainte Madeleine, apparaît dans les archives du XVIe siècle. « La maison des ladres


(des lépreux), y était située. On trouvait aussi, en contrebas de l’actuel collège saint-Trémeur, les fourches patibulaires. » Un endroit, pas vraiment sympa- thique. « C’était un lieu d’exécution des condamnés à mort, édifié bien en vue des passants », indique l’historien en rappelant que la guillotine a aussi été dressée en 1792, au Park ar Nation, près du lieu-dit Kroas-ar-Maréchal. À partir du début du XXe siècle, les anciennes terres de saint-Quijeau voient se bâtir les premiers lotissements. « C’est à cette époque que le quartier est baptisé le Petit-Nice par les Carhaisiens », note Michel Chevance. L’histoire de la ville se perpétue aussi avec humour, dans l'esprit des Carhaisiens et le nom des rues. « La rue Ar Brammoù (la rue aux pets), doit son nom au fait qu’elle est restée, jusque dans les années 30, un des lieux d’aisance de la ville où les habitants venaient déverser leurs pots-de-chambre. »

Jean-Pierre Bénard

(*) Christophe-Paul de Robien (1698-1756), érudit et président du parlement de Bretagne.


La rue de La Fontaine Lapic conduisait au clos Kerharo, une des fermes où les Carhaisiens venaient encore s’approvisionner durant l’Occupation. (Photo : droits réservés).