Charrues de printemps : il a manqué la ferveur

Chanson française, mélodies pop, rythmes électros et musiques du monde ont fait une timide percée durant 3 jours à l’espace Glenmor et aux halles.


Il faut tendre l’oreille pour l’entendre chantonner «La Recouvrance que l’on délaisse. La rue de Siam, ses nuits d’ivresse.» Miossec, l’écorché vif, chaloupe vendredi soir sur la scène du Glenmor entre fans des premiers rangs et une guitare presque aphone en bandoulière. «Ça fait plusieurs fois que je le vois et il ne s’en sert pas souvent», note Alain, un admirateur venu de Plouescat. «J’en joue tellement bien qu’elle m’attaque !», lui répond en écho l’artiste au bord du chavirage introspectif. «Il faudrait qu’il s’ouvre pour se hisser définitivement à la hauteur de Gainsbourg», lance à ce sujet Thibaut, un jeune spectateur impatient de voir le chanteur brestois «Parler à tout le monde».

Pourtant, dans la salle, le public fait justice à la classe indéniable des textes de L’Étreinte et des chansons reprises de ce dernier album. Une inspiration qui semblait manquer samedi soir, à Babet, la jeune chanteuse précédée par la notoriété de Dionysos dont elle est la violoniste attitrée. «Pour les Jeunes Charrues, ce serait assez pro», glisse plutôt cruellement un des 250 spectateurs présents. «C’est sympa. Ça ressemble beaucoup à Olivia Ruiz», tempère de son côté Solenn, une jeune quimpéroise rendue fébrile à l’idée d’écouter bientôt Renan Luce. «C’est pour lui que je suis là.»

Encore trop vert

Sourire aux lèvres et guitare en main, l’artiste déboule enfin. «Bienvenue à vous !», s’exclame le chanteur, en cherchant l’appui d’une vielle caisse de bois. «Je n’ai pas fer-


À cet emplacement figure une photo de Miossec.

Vendredi, au Glenmor, la vieille classe brestoise et l’émotion sincère et à fleur de peau de Miossec a su étreindre le public.


mé l’œil de la nuit. Il faut croire que mon sommeil est en cheville avec le soleil.»

A l’avant-scène, des téléphones portables extatiques flashent à tout va et portraiturent l’icône de l’artiste. Une pointe d’émotion passe avec l’histoire du repenti mafieux. «Je vais bientôt revoir le Stromboli», chante Renan Luce. Aux pieds du chanteur, Céline, Marion, Delphine et Charlotte n’en perdent pas une miette et sautent en cadence au refrain suivant. Et nous, pris sous le charme, on repartirait bien, bras dessus, bras dessous, en chantonnant avec les jolies voisines de l’artiste. Du côté des Halles il est minuit, et on reprend un peu d’énergie avec les rythmes acidulés du rap électro de Yelle. «Je joue un rôle et j’aime ça», lance la jeune chanteuse vedette de MySpace, en prenant des poses hiéroglyphiques moquant les ri-


mes machistes des rappeurs de TTC. Au Glenmor, dans une salle à demie-désertée, la belle californienne Brisa Roché défend avec talent ses mélodies pop-folk. «Heavy Dreaming, méfiez-vous des illusions», lâche-t-elle dans une mimique mystérieuse.

A Carhaix, les Vielles Charrues ont remis le son durant 3 jours avec un copieux bouquet de saveurs musicales printanières. Hélas, encore trop vert sans doute, il a manqué à ce mini festival la pointe de ferveur indispensable aux grands rendez-vous.

Jean-Pierre Bénard


À cet emplacement figure une photo de Renan Luce.

Renan Luce a ravi le public de ses fans accourus de Brest, Quimper et Rennes pour goûter aux charmes de ses chansons.


Chronique de la première édition des Vieilles Charrues remettent le son à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère), du 9 au 11 mars 2007.