Christophe Chini, le minéral, la pierre et le burin

L'homme burine avec la même passion granits bretons les plus résistants ou pierre rouge de la haute antiquité égyptienne. Rencontre avec l’artisan-tailleur local de la « pierre qui roule ».

Sur son maillot beige tapissé de poussière grise, une paire de mains imprimées jongle avec trois épures de blocs de pierre. Christophe Chini a le goût des autres et du minéral, et la légende déclinée par son vêtement de travail en fait foi : « Des hommes et des cailloux ». Pourtant, marteaux, burins et granit ne se sont pas imposés d’emblée. « Après deux années d’études, moitié ethnologie, moitié beaux-arts, j’ai eu le sentiment que tout ça ne menait pas à grand-chose », se remémore dans un sourire ce jeune artisan de 33 ans, installé non loin de Saint-Herbot, dans les Monts d’Arrée.

L’amour du minéral est venu peu après. « Je bossais depuis trois ou quatre ans sur un chantier de restauration d’un château en Ardèche, raconte Christophe Chini. Un tailleur de pierre était là, qui travaillait. C’est comme ça que j’ai découvert le côté concret et gratifiant de ce métier. »

La route des compagnons

La suite a été une affaire de formation et de voyages. « J’ai fait un CAP de tailleur de pierres à Nîmes, pendant deux ans. Après quoi, j’ai voyagé à droite et à gauche. » Christophe Chini emprunte alors la route des compagnons. « J’ai rejoint une grosse entreprise alsacienne de restauration de monuments historiques, poursuit l’artisan. Là, j’ai taillé quelques pierres pour la cathédrale de Strasbourg. »

De chantiers en chantiers, suivant la tradition solidement établie depuis le Moyen ge et l’époque des cathédrales, l’apprenti tailleur de pierres acquiert tours de mains et savoir-faire indispensables. « Le voyage, c’est la base du compagnonnage, insiste l’artisan centre-breton. C’est comme ça qu’on peut découvrir les techniques différentes d’une région à l’autre et rencontrer les personnes qui les mettent en œuvre. »


« Je porte tout le temps, masque, lunettes et gants. Je coupe la pierre avec une tronçonneuse refroidie à l’eau et dotée d’un système de ventilation pour diminuer les poussières », confie aussi Christophe Chini (photo©Jean-Pierre Bénard).


Le Graal du tailleur de pierre

C’est dans les ruines égyptiennes des temples de Karnak, que Christophe Chini va parfaire sa connaissance des techniques de taille venue de la plus haute antiquité.

« Il s’agissait de reconstruire la Chapelle Rouge, conçue par la reine Hatchepsout 1 500 ans avant notre ère, et démolie par son successeur, raconte l’artisan. Pour un tailleur de pierres, c’est une expérience unique. »

Au milieu d’une vingtaine d’archéologues, de dessinateurs, géomètres, tailleurs de pierre ou égyptologues, le coopérant civil Christophe Chini retaille les éléments manquants en quartzite rouge d’Akhmar. L’aventure se poursuit durant deux ans jusqu'en 2000. « Les blocs originaux présentent une finesse de réalisation assez incroyable, note-t-il en homme de l’art, encore incrédule d'avoir piqué de son burin ce véritable Graal du tailleur de pierres. Je ne suis pas sûr qu’on puisse faire mieux avec les machines d’aujourd’hui. »

Appelé depuis au chevet du clocher de Plogoff - « Démonté et remonté pierre par pierre. Un gros chantier » -,



Christophe Chini œuvre beaucoup à la restauration du bâti ancien breton. « Parapet du château de Kergroadès, chapelle de la Croix, à Loqueffret et, en ce moment, le porche d’un manoir du XVIe siècle, à Plouguerneau. Des chantiers que je mène avec le concours de Yannick Priou, un maçon de Châteauneuf-du-Faou. »

La pierre qui roule

Installé comme artisan depuis l’automne dernier, le tailleur de pierres Christophe Chini se défend toutefois d’être un artiste. « La sculpture figurative, ce n’est pas mon truc », assure-t-il. Il y a quelque temps, il a tout de même rencontré Françoise Livinec, l’initiatrice de l’École des filles, au Huelgoat. « Le thème de la pierre qui roule m’avait interpellé. J’ai eu l’idée de reprendre le volume dit oloïde, inventé par Paul Schatz, un sculpteur et ingénieur allemand talentueux. » Taillée dans le granit local, d’une forme élégante et quasi-parfaite, la pierre qui roule de Christophe Chini fait écho à la roche tremblante du chaos d’Huelgoat. Et signe aussi la sensibilité ludique et esthétique de l’artisan de Saint-Herbot.

Jean-Pierre Bénard