Claudine Monteil, des portraits de Bretonnes d’aujourd’hui

Militante féministe et amie proche de Simone de Beauvoir, Claudine Monteil publie chez Odile Jacob un livre en hommage aux femmes de talent. Parmi elles, une charcutière et une agricultrice de Bretagne intérieure.

Dans le Paris de Mai 68, quand la contestation étudiante gronde aux portes des usines, Claudine Monteil ne tarde pas à s’engager. Elle a 20 ans et rencontre bientôt Simone de Beauvoir, auteure du Deuxième sexe et figure tutélaire du Mouvement pour la libération des femmes. « Elle avait entendu parler de mon action auprès des femmes travaillant dans les usines », confie dans un sourire Claudine Monteil, une des fondatrices du mouvement féministe en 1970, et signataire, un an plus tard, du Manifeste des 343 en faveur de l’avortement. La rencontre fut fatale. « Nous sommes restées très proches durant les 16 dernières années de sa vie », raconte aussi celle qui n’a cessé, depuis, d’explorer l’œuvre et la personnalité de son amie, également compagne du philosophe et écrivain Jean-Paul Sartre.

« Douze portraits de femmes »

« Cette rencontre a été celle de ma vie », glisse aussi l’auteure de Simone de Beauvoir et les femmes d’aujourd’hui. « J’avais 20 ans. Simone de Beauvoir en avait 62. Quarante ans plus tard, raconte Claudine Monteil à propos de son livre à paraître début septembre, j’ai souhaité brosser le portrait d’une douzaine de femmes d’aujourd’hui et dresser ainsi, au travers de mon ouvrage, un état des lieux de la condition féminine en Europe, aux Indes, en Afrique ou aux États-Unis. »

« Un hommage aux femmes d’ici »

Parcours d’historienne, de biographe et de militante fémi- niste oblige, Claudine Monteil aurait pu s’inspirer pour son livre, de personnalités en vue comme l’avocate Gisèle Halimi, l’actrice Delphine Seyrig, ou encore la romancière Monique Wittig. « J’ai voulu rendre hommage à des femmes inconnues, à des femmes d’ici », insiste l’auteure. « À quelques-unes de ces femmes de Bretagne intérieure que je


Claudine Monteil est l'auteure de Simone de Beauvoir et les femmes d’aujourd’hui. Un livre qui porte aussi témoignage de la vie des femmes bretonnes, avec les portraits de Christine et Mimi, deux habitantes de Carhaix et sa région. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


côtoie et que je rencontre depuis 17 ans, quand je suis à Carhaix ou que je séjourne à Locmaria-Berrien, dans cette maison de location où je viens l’été pour écrire mes livres. »

Christine et Mimi Guenver

Marie-Thérèse Guenver, agricultrice en retraite habitant à Locmaria-Berrien, est l’une de ces Bretonnes rencontrées par Claudine Monteil. « J’ai souvent répondu depuis 15 ans, à nombre de ses questions à propos de Simone de Beauvoir », raconte l’auteure en évoquant leurs longues marches commu- nes dans la campagne des Monts-d’Arrée. « Mimi Guenver a travaillé durant cinquante ans de sa vie, aux côtés de son mari. Pourtant, aujour- d’hui, s’insurge l’auteure, elle ne perçoit que 65 € de retraite. Aussi je lui ai dit : c’est à toi, maintenant, de parler de ta vie. Il faut que les gens sachent ce que tu as vécu. »

Un portrait d’agricultrice, doublé dans les pages du livre de Claudine Monteil, par celui de Christine, charcutière à Carhaix. « Mon entretien avec elle date de l’an dernier, confie l’écri- vaine. Elle y raconte son enfance et son parcours de vie. Son attachement aux pro-


produits du terroir et les difficultés ou les dangers de son métier. »

« Pas de victimisation »

Soixante ans après la publication du Deuxième sexe, où en est la condition de la femme aujourd’hui ? « Je suis très féministe, et aussi très inquiète de la dégradation de la situation des femmes dans le monde, affirme l’auteure. Avec la crise, la culture et les droits des femmes vont certainement souffrir.

Malgré tout, sourit-elle, avec mon livre, je n’ai pas voulu verser dans la victimisation. » Une raison d’espérer ? « Il y a, en Okla- homa (USA), une professeure qui accueille dans ses cours du soir, des femmes venues témoigner de leur réussite professionnelle. Elle s’appelle Cecelia Yoder. C’est un des douze portraits de mon livre. Et son cours ne désemplit pas depuis quinze ans ! »

Jean-Pierre Bénard