Le violoncelle de Constance Mars, une émotion à fleur de peau

La violoncelliste quimpéroise Constance Mars vient de publier les Suites pour violoncelle seul n°1, 3 et 4 de Johan Sebastian Bach. Rencontre avec une musicienne au parcours de soliste internationale, formée à l’école des musiques allemande, italienne et française.

Une très bonne oreille

Son violoncelle est né bien avant elle, issu de l’habileté des luthiers parisiens Gand et Bernardel à la fin du XIXe siècle. C'est à huit ans que Constance Mars touche un violoncelle pour la première fois. À l’école de musique du Trégor où ses parents l’ont inscrite, ses dispositions musicales sont très vite remarquées. « Constance a une très bonne oreille. Il faut la mettre dans la classe des cordes. Pourquoi pas le violoncelle ? », suggère alors Patrick Le Houx, le directeur.

La révélation de Bach

Les circonstances ne pouvaient mieux tomber. C’est ainsi qu'elle se retrouve dans la classe de François Chéron. L'entendre jouer le Premier prélude de Bach est une révélation pour la jeune fille d'une douzaine d'années. En 1990, élève au Conservatoire national de région de Paris, la violoncelliste en devenir obtient un 1er Prix et un Prix d’excellence. Pour la musicienne qui vient d'être distinguée c'est une évidence : elle ne pourra pas faire autrement que de poursuivre dans la voie du violoncelle.

Élève de Rudolph Metzmacher

Constance Mars choisit alors d’aller faire ses gammes à Berlin, puis Hanovre où elle commence un parcours germanique qui va durer 17 ans, à la Hochschule für Musik und Theater (École supérieure de musique et de théâtre) de Hanovre, dans la classe de Friedrich-Jürgen Sellheim. Elle passe trois années absolument idylliques et merveilleuses avec lui. La rencontre la plus belle est encore à venir.

Un jour, elle appelle Rudolph Metzmacher, professeur de violoncelle de 90 ans qui possède un bagage


La violoncelliste Constance Mars, à la chapelle-de-La-Roche, à Saint-Thois (Finistère), lors d'une séance préparatoire a l'enregistrement de son CD, le jeudi 2 octobre 2014. (Photo©Jean-Pierre Bénard).



et un métier impressionnants. Avec lui, elle étudie tout le répertoire classique et romantique de l’instrument : Bach, Beethoven et Brahms. Il lui apprend à lire un texte, à l’interpréter et à le faire vivre. Il la révèle à elle-même. Nul doute que, musicalement, Constance Mars lui doive aujourd'hui encore une grande partie de son jeu, marqué par une rare sensibilité et une ferveur indéniable.

Des accords étincelants

Pour le reste, quatre années d’expérience avec l’orchestre symphonique national de la radio-télévision italienne (RAI) et son chef, Jeffrey Tate, vont peaufiner les qualités d’interprète soliste de Constance Mars pour vingt années d'une carrière de soliste internationale. Elle donne nombre de concerts dans les églises avec les œuvres de Dvorák ou les suites de Bach. Depuis leur redécouverte au début du XXe siècle, ces Suites du maître de chapelle de Leipzig ont en effet pris place parmi les plus grandes œuvres pour violoncelle seul.


Quand elle attaque ce monument du répertoire, la musicienne se love aussitôt dans une bulle de concentration intense. D’une main sûre, l’archet de l’artiste déploie successions d’accords étincelants, jeux en doubles cordes, arpèges et notes tournoyantes, qui font la richesse polyphonique de l’œuvre du compositeur allemand. D’un doigté agile et précis, la main gauche virevolte sur le manche du violoncelle, enchaînant bourrées, gavottes et sarabandes d’époque baroque.

« Constance Mars fait intégralement corps avec son instrument. Avec elle, prévient Catherine Le Bolloc’h, l’initiatrice de l'association Passeurs de son, productrice de cet enregistrement, nous sommes loin du violoncelle sage. Aussi, mieux vaut se préparer à un choc émotionnel et oublier également tout ce qu’on croyait savoir sur Bach. »

Jean-Pierre Bénard


Chronique écrite au printemps 2015 et publiée à propos de la sortie du disque de la violoncelliste Constance Mars, chez Passeurs de son.