Carte blanche de la Coopérative à l'Espace Glenmor

Un jazz breton alambiqué et pétillant


L’Espace Glenmor a accueilli dimanche, La coopérative, une création du sonneur et trompettiste, Gaby Kerdoncuff. Un spectacle mêlant l’énergie des musiques traditionnelles du Centre Bretagne et la voix de la chanteuse Marthe Vassalo, aux arrangements d’une musique de jazz sophistiquée servie par un ensemble de huit musiciens.

Ça pétille. Ça joue et l’on sait d’entrée de jeu que l’on a un pied dans la tradition. Pourtant, pas l’ombre d’un sonneur de couple pour faire jaillir la cadence qui signe les musiques de danse enracinées dans les mémoires populaires. «Nous avons fait quelques petites modifications», semble s’excuser Gaby Kerdoncuff, le trompettiste, au déboulé d’un hanter-dro qui fait la part belle aux timbres mêlés d’une section de cuivres jazzistique avec flûte traversière, saxophones et trompette buggle.

«Ce n’est pas une musique métissée. Juste un travail qui part de la musique traditionnelle pour aller vers le jazz», explique le musicien. Dominig Molard, à la batterie, tricote des percussions au plus près de la rythmique particulière aux gavottes fisel et autres plinn, quand les cuivres débusquent la pulsation tapie au détour des mélodies bretonnes, à la manière sauvage d’un Roland Kirk.


La coopérative a donné, dimanche, un concert à la croisée des chemins entre jazz et musiques traditionnelles du centre-Bretagne. (Photo : Eric Legret)

«Il y a trop de musique», souffle pourtant un spectateur à l’oreille de son voisin, impatient sans doute, de goûter plus souvent au chant charnel distillé par la voix de Marthe Vassallo.

Une musique ludique

«Trinkamb hag evamb», trinquons et buvons, lance la chanteuse, avec ce dialogue entre mère et fille, tenu entre une bouteille d’eau-de-vie et l’ombre des pommiers du pays Vannetais. Petit moment de bonheur où perce enfin l’ivresse d’une émotion qui ne doit rien au lambig, et tout à la voix superbe de l’interprète. «C’est une musique ludique et profonde. Alambiquée et sensuelle. Ça joue, et c’est très intelligent dans le même temps», confie l’artiste.

Avec des chorus un peu plus généreusement débridés et une dramaturgie musicale moins brouillonne, La coopérative atteindrait sans nul doute, le point de fusion où kan-ha-diskan et note bleue se rejoindraient dans une incandescence idéalement pétillante.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de La coopérative de Gaby Kerdoncuff, donné le dimanche 2 mars 2003 à l'espace Glenmor à Carhaix.