À Carhaix, le retour en grâce du crieur de rue

Au sortir de la pause estivale, les crieurs de rue carhaisiens de la Maison du conte en Bretagne ont repris leur criée hebdomadaire du samedi matin, sur le Champ de Foire.

A onze heures pétantes, elle déboule sur le muret de pierres bordant l'ouest du Champ de Foire. Tambour champêtre en bandoulière, veste cintrée et chapeau noir de chasseur improbable vissé sur la tête, Brigitte Camarès chasse le trac d'un coup de baguette vite assené sur la peau parcheminée de l'instrument. D'une voix déjà rodée par plus de six mois d'annonces publiques, elle lance sa première criée de fin d'été aux badauds. «Nous avons commencé en décembre 2005. Cette idée du crieur de rue nous est venue à la suite de la lecture de Pars vite et reviens tard, le roman de Fred Vargas», explique Christophe, le compère bonimenteur, lancé chaque semaine dans l'aventure avec sa complice crieuse de la Maison du conte. A raison d'une douzaine de messages lus à voix haute tous les samedis, le duo entend bien en effet, profiter de ce retour en grâce accordé par la littérature et redonner toutes ses lettres de noblesse à cette ancienne tradition orale délaissée.

Des annonces de toutes natures

«Nous établissons un contact direct avec les gens que l'on ne retrouve pas dans les moyens de communication d'aujourd'hui», affirme Christophe, visiblement convaincu des bienfaits de cette communication du bouche à oreille sur les relations sociales. «Ça évolue depuis le début. Les gens ont tendance à nous donner maintenant plus directement leurs annonces et ils viennent plus facilement pour en discuter avec nous», ajoute-t-il avec une pointe d'accent du sud-ouest au détour des mots. Des annonces de toutes natures, brassant en vrac activités associatives, culturelles et commerciales. «De la tenue du forum des associations culturelles et sportives de la ville, en passant par l'animation Caf'contes à Tré-


Chaque samedi, Brigitte Camarès et Christophe ont fait battre tambour pour leur criée hebdomadaire à l'ouest du Champ de Foire de Carhaix. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


margat, la Fête de l'écriture en centre Bretagne, ou encore le lancement d'une petite entreprise de plats cuisinés.»

Criée sentimentale

De quoi nourrir l'activité d'un crieur de rue censé proclamer tout ce qui lui tombe dans le creux de l'oreille, et dans les boîtes à lettres disposées à l'office du tourisme et au café-librairie Mod-All, à raison d'un euro par annonce pour deux samedis. «Les offres et recherches d'emplois sont gratuites, de même que les annonces associatives jusqu'à la fin 2006», expliquent toutefois les promoteurs de ce média particulier d'annonces citoyennes, sans pour autant négliger ce qui fait également le sel de la vie. «Notre plus beau souvenir ? C'est d'avoir permis à ce jeune brestois de déclarer sa flamme à son amie par notre intermédiaire», confie Christophe, encore ému à l'évocation de cette idylle amoureuse née de manière inédite sous la forme d'une criée sentimentale au Champ de Foire.


«Après parution d'un article de presse consacré à cette annonce, tous ses collègues de travail en ont parlé avec lui pendant des jours !» Mais les anciens ne sont pas non plus oubliés pour autant. «Beaucoup ont la nostalgie de cette époque du garde champêtre. Et ils sont là, plus nombreux, quand Ifig Rémond vient lire des messages en langue bretonne.» Pour affermir encore plus son nouveau statut de crieuse publique, Brigitte envisage même de redonner tout son lustre au tambour de garde champêtre acheté sur une brocante de marché. «En prenant des cours de caisse claire avec le bagad Karaez.» Histoire sans doute d'étoffer le tour de chauffe permettant de reprendre, chaque samedi, le contact avec le public. «C'est dans le droit-fil de notre envie d'aider à la circulation de l'info entre les gens», concluent-ils.

Jean-Pierre Bénard

  • Pratique : Le crieur de rue (Maison du conte en Bretagne). Tous les samedis à 11 h au Champ de Foire de Carhaix. Tél : 06 82 82 44 27 ; courriel : mdcbretagne@wanadoo.fr