À la Réunion, les rakontèr zistoir parlent le créole

Carhaix accueillait en novembre 2009 la 3e journée des Rencontres interrégionales des langues et cultures. Le Réunionnais Daniel Honoré a évoqué l’expérience originale des conteurs créoles.

« C’est Louis Héry, un Breton installé pour le restant de sa vie sur l’île de la Réunion, qui le premier a publié en 1828 un recueil de fables de La Fontaine traduites en langue créole, dans une graphie proche du français et sous le titre : Fables créoles », révèle Daniel Honoré (1), un des membres de la délégation réunionnaise participant aux 19e Rencontres interrégionales des langues et cultures, organisées à l'automne 2009 en Finistère. « Pour Louis Héry, insiste l’écrivain, le créole de la Réunion avait en effet des sonorités douces à l’oreille avec, disait-il, des expressions imagées, pittoresques et saugrenues. »

Une admiration pour cette langue guère partagée pendant longtemps par l’administration française de cette île de l’Océan Indien. « Les années 70 ont amorcé le point de départ du combat pour une identité réunionnaise propre », poursuit Daniel Honoré en évoquant les revendications des créolistes. « Qui demandent alors la reconnaissance et la promotion de leur langue ».

Le fleurissement du créole

Et aujourd’hui ? « Les détracteurs du créole sont de moins en moins nombreux, explique le Réunionnais.


« Beaucoup de choses restent à faire pour donner une unité graphique au créole. Mais désormais, certains politiques de la Réunion n’hésitent plus à prendre position en sa faveur », indique aussi Daniel Honoré. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


D’ailleurs notre langue est parlée par plus de 80 % des habitants de l’île et on ne peut vraiment pas dire qu’il s’agisse d’une langue minoritaire ».

Un indice du changement d’état d’esprit ? « Actuellement, les pubs, la signalétique routière ou les messages de santé publique à propos de la grippe A, fleurissent de toute part en créole. Et les élus s’y mettent qui font des baptêmes républicains dans la langue du pays », raconte aussi Daniel Honoré. Autre expérience originale évoquée par le délégué : une formation de conteurs


(rakontèr zistoir, en créole), de 50 heures financée par la Région et soutenue par la Fol (Fédération des œuvres laîques) et le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement. « Pour un public de parents d’élèves touchés par l’illettrisme. C’est une reconnaissance qui leur permettra de reprendre confiance en eux et d’intervenir dans les médiathèques, les prisons ou les écoles pour des ateliers d’écriture en créole. »

Jean-Pierre Bénard


(1) Daniel Honoré est écrivain et membre du Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement de la Réunion (CCEE).