Daphné : « Je ne passe pas ma vie dans les musées ! »

Daphné, la chanteuse aux chansons couleurs émeraude, carmin et bleu venise est dimanche sur la scène du Glenmor. Entretien avec une poétesse orfèvre des mots.


Votre carrière a débuté sur un coup d’audace. Vous pouvez nous raconter ?

J’avais réalisé une maquette de plusieurs chansons que j’ai remise en 2004 à Benjamin Biolay, à la fin d’un de ses concerts. Il m’a rappelée quatre jours plus tard en me disant : « C’est super ce que vous faites. Je vais vous faire rencontrer des gens ». Trois mois après, j’ai signé mon premier contrat avec une compagnie de disques.

La chanson, c’est l’affaire de votre vie ?

J’ai beaucoup aimé la musique et les chanteuses de jazz depuis toute petite, mais sans avoir vraiment de modèle particulier. Ce qui m’importe surtout, c’est le bonheur de chanter et le monde des sons. C’est-à-dire de travailler la voix comme un instrument, de chercher des formes nouvelles et de mettre tout ça en harmonie. La recherche des mélanges, c’est quelque chose qui m’intéresse énormément et j’essaie de retranscrire ça sur scène.

Vos textes sont ciselés et vous semblez avoir de hautes ambitions d’écriture...

Je n’ai ni exigences, ni ambitions particulières dans ce domaine d’expression. C’est juste que j’aime écrire depuis toute petite. Pour moi, jouer avec les mots est une activité ludique. Je m’amuse beaucoup en faisant ça. Les phrases peuvent être aussi des musiques et devenir des chansons. Ma seule ambition et mon seul espoir, c’est de toucher les gens avec mes chansons.

Vos chansons sonnent aussi comme des tableaux impressionnistes...

J’aime beaucoup la peinture : Chagall, Klint, Odilon Redon (peintre symboliste et coloriste de la fin du XIXe siècle. NDLR), Léonard de Vinci ou Van Gogh. Mais attention : je ne passe pas ma vie dans les musées (rires) ! Ce n’est pas parce qu’il y a des gens qu’on admire qu’on préfère pour autant la contemplation de leurs œuvres aux paysages vivants et naturels.


« Ma seule ambition et mon seul espoir, c’est de toucher les gens avec mes chansons », confie également la chanteuse Daphné. (Photo©droits réservés).


Des chanteuses de votre génération qui font votre admiration et dont vous vous sentez proches ?

J’aime beaucoup Keren Ann et Émilie Simon. J’admire beaucoup cette dernière. Elle fait tous ses arrangements. C’est une formidable musicienne et une personne de cœur. Je ne la connais pas du tout, mais son univers a beaucoup de cohérence et je suis contente de découvrir ce qu’elle a composé quand elle publie un nouvel album.

Larry Klein a produit votre dernier album Bleu Venise ?

Larry Klein (producteur et musicien de Joni Mitchell, Madeleine Peyroux, etc. NDLR), ça a été vraiment un beau hasard. Il était à Paris pour l’enregistrement d’un disque avec Herbie Hancock. Il a eu l’occasion d’écouter mes deux premiers albums et a voulu me rencontrer. On s’est tout de suite bien entendu. Il a gardé un regard enfantin malgré toutes ces années dans le monde du spectacle et on s’est vite trouvés sur la même longueur d’ondes.


Vous avez des projets ?

Nous finirons la tournée fin mars 2012 et j’ai envie de repartir avec de nouvelles chansons. Nous avons déjà maquetté mon nouvel album, il y a 15 jours. J’ai le titre de mes disques depuis longtemps et le titre de l’album en cours d’enregistrement est déjà choisi, sans que je puisse encore vous le dire... tout comme celui du prochain... (sourires).

Comment abordez-vous la scène ?

C’est un bonheur d’être sur scène et c’est aussi très intimidant. Le trac ? Oui, je l’ai. Je ne suis pas vraiment préparée à être exposée. C’est loin de mon tempérament et assez contradictoire avec ma nature. Les gens qui me connaissent disent que c’est à chaque fois une sorte de mini-exploit. Et je suis heureuse d’arriver à dépasser ma petite timidité de cette façon-là.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec la chanteuse Daphné, publié en janvier 2012 à l'occasion de son concert à l'espace Glenmor, à Carhaix (Finistère).