Darren Lewis, le Gallois amateur de lutte

Grand sportif et parlant plusieurs langues, l’étudiant en ethnologie de Cardiff veut relancer la lutte celtique au Pays de Galles.

En nage, il abandonne quelques instants le tapis de lutte de la salle omnisports du lycée Paul-Sérusier à Carhaix, et l’entraînement intensif de Back-Hold (*) conduit par l’écossais William Baxter. «J’avais 32 ans quand je suis venu en Bretagne une première fois pour y apprendre le gouren en 2002», confie avec un grand sourire Darren Lewis. Polyglotte, le jeune lutteur de Cardiff parle russe et allemand. «J’ai appris aussi le gallois depuis l’âge de 4 ans et le breton depuis peu. Mais pas le français», s’excuse-t-il dans la langue de Shakespeare.

A l’époque, impatient d’entrer en lice, le jeune gallois s’inscrit sans tarder dans un défi Mod-kozh. Un combat à l’ancienne organisé alors par la fédération de lutte traditionnelle bretonne au cœur du Festival de Cornouaille. «J’avais à peine deux heures d’entraînement. Avec mes 74 kg, je me suis retrouvé en catégorie lourds, à combattre un adversaire qui faisait 30 kg de plus que moi !», raconte-t-il au souvenir de ce premier défi, les deux pieds dans la sciure quimpéroise. «Je n’en savais pas assez pour être effrayé et conscient des risques encourus», avoue aujourd’hui avec une pointe de flegme tout britannique, le jeune lutteur participant à la semaine internationale des luttes celtiques. Une rencontre européenne organisée du 18 au 24 février 2007 dans la capitale du Poher.

Un cousinage celtique

Grand sportif depuis toujours, Darren Lewis n’en était pas vraiment à sa première émotion dans le domaine athlétique. «J’ai pratiqué l’escalade, l’escrime et le tir-à-l’arc. Mais aussi le football, et surtout le rugby qui est le sport national chez nous.» Le rugby, mais plus la lutte celtique, aujourd'hui tombée en désuétude dans son pays, hélas.


À cet emplacement figure une photo de Darren lewis, lutteur gallois participant à la semaine internationale de lutte celtique à Carhaix.

Le Gallois Darren Lewis rêve de relancer la lutte traditionnelle au Pays de Galles, à l’image de la réussite connue par le gouren en Bretagne. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


«Deux ou trois styles de lutte traditionnelle étaient encore pratiqués il y a deux siècles au Pays de Galles», révèle-t-il à ce sujet, en évoquant les styles Ymaflyd codwm cefn et Ymaflyd Braich. En gallois dans le texte. «Deux styles proches de la lutte traditionnelle existante encore aujourd’hui en Cornouailles britannique, et du gouren que vous connaissez ici en Bretagne.»

Un cousinage entre pays celtiques stimulant pour ce passionné de culture populaire. Darren s’intéresse en effet aux dyn hysbys, les guérisseurs traditionnels gallois, dans le cadre d’un master d’ethnologie à l’université de Cardiff. «Il y a beaucoup de points communs entre nos deux cultures», estime l’amateur de lutte, de retour chaque année en Bretagne pour parfaire sa technique du gouren. Le jeune étudiant en est persuadé. «Cette parenté de style entre le gouren et l’ancienne lutte traditionnelle galloise devrait intéresser beaucoup de gens chez moi.» Au point qu’il aimerait introduire les luttes bretonne, cornouaillai-


se et écossaise dans son pays. Un projet ayant déjà séduit les responsables sportifs bretons. «La fédération de gouren m’a aidé à deux reprises avec des démonstrations de lutte, réalisées en 2004 à Eisteddfod devant plusieurs centaines de personnes.» Et aussi à Machynlleth, avec un succès mitigé cette fois-là. «J’étais un peu désappointé par le petit public», avoue-t-il.

Pas prêt cependant de baisser les bras, Darren veut continuer la lutte et se montre optimiste pour la suite. «Il y a actuellement un petit groupe de gens intéressés par ces sports traditionnels à Cardiff. En nous appuyant sur eux, tout deviendra plus facile.».

(*) Lutte traditionnelle écossaise.

Jean-Pierre Bénard

Portrait de Darren Lewis, jeune lutteur gallois ayant participé à la semaine internationale des luttes celtiques organisée en février 2007 à Carhaix (Finistère).