Dre ar wenojenn devant 120 spectateurs à Glenmor

Des sentiers musicaux déboussolants


Samedi, pour sa 7e édition, le festival Dre ar wenojenn a proposé au public carhaisien un carnet de voyages puisé aux sources des cultures africaines, indiennes et bretonnes. Une pérégrination entre luxu- riances colorées de mélopées venues du Mali, chants dévotionnels indiens, et jazz expérimental déroutant du duo Corneloup - Pifarely en fil conducteur.

Ils n'y vont pas par quatre chemins. Saxo baryton de François Corneloup et violon acoustique de Dominique Pifarely installent d'entrée de jeu un univers musical austère et rugueux. Mélodie aguicheuse, swing sensuel et be bop traditionnel volent en éclat. Le public de cette escale du festival Dre ar wenojenn à l'espace Glenmor en reste coi. «J'ai perdu mes repères», confie à l'entracte, une spectatrice peu familière des dynamitages stylistiques du jazz expérimental. Privée de tout effet décoratif, la musique du duo Corneloup - Pifarely joue sur des silences nourris de longues notes tenues au saxe, et de chevauchées violoni- stiques vertigineuses et foisonnantes de références. Entre jazz libre d'Anthony Braxton et sentiers arides et déboussolants de la musique contemporaine.

On oublie vite les harmonies désincarnées pour la terre nourricière des musiques de Kej. Suavités colorées et odorantes du Mali sont en effet le credo musical de ce trio de musiciens bretons.


Shafali a proposé une rencontre inédite entre musique bretonne et chants indiens, avec un ensemble de cordes somptueuses à l'occasion de la 7e édition du festival Dre ar wenojenn.

Sur fond de vidéo impressionniste et d'échan- tillons sonores, les musiciens ouvrent un carnet de voyage enrichi de notations imagées et bruissantes de vie malienne. Mélopées africaines, plinn débridé et andro du Balafon s'enchaînent, entrecoupés d'incursions jazzistiques du duo Cormeloup et Pifarely.

Objet musical étrange

Les cordes de Shafali s'offrent enfin pour un bœuf brittano-indien inédit et languide. Bâti autour des chants dévotionnels hindi interprétés par Olivier Leroy en tunique indienne noire, Shafali est le fruit d'un croisement improbable entre violon traditionnel breton, guitare celtique en accords ouverts et ensemble de cordes classiques arrangées à la note près.

Objet musical étrange et fascinant, distillant des mélodies pentatoniques profanes et festives dédiées au panthéon fleuri des dieux indiens, Shafali a embarqué une trop petite cohorte de spectateurs sur des chemins joliment ouverts et déjà généreusement encensés par la machinerie fumante du Glenmor.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné le dernier samedi de novembre 2003 à l'Espace Glenmor de Carhaix.