Denez Prigent : « Je me suis créé un pays intérieur »

Le chanteur de gwerz Denez Prigent a chanté sur la scène du Glenmor, le 20 avril 2014, avec les six musiciens de son spectacle Beajet 'm eus. Un concert-événement.


Il a collecté la complainte bretonnante Ti Eliz Iza, auprès d’Eugénie Ebrel, il y a près de 24 ans. « C’est ma gwerz préférée », confie dans un souffle Denez Prigent, devenu entretemps une des voix bretonnes les plus singulières de sa génération. À l’époque, en effet, le chanteur est carhaisien d’adoption. « J'enseignais la langue bretonne et les arts plastiques au collège Beg-Avel et au lycée Paul-Sérusier. C’était pour moi, l’occasion d’entendre le breton du Poher », sourit-il en évoquant cette rencontre marquante avec les soeurs Goadec.

« Une formation entièrement acoustique »

Depuis, Denez Prigent a beaucoup voyagé. Au Kazakhstan, en Suisse, au Québec, en Europe et dans tous les pays celtiques, en s’imprégnant au passage des couleurs et des sons de la tradition musicale locale. Et son nouveau spectacle en porte la marque. « Ma nouvelle formation est entièrement acoustique, sans aucun instrument électrique ou électronique. Elle est aux antipodes de ce que j'ai pu faire auparavant », insiste l’artiste bretonnant en détaillant le dispositif instrumental choisi pour Beajet 'm eus (j'ai voyagé, en breton). « Cajón andalou, violon manouche, guitare en accords ouverts, whistle irlandais ou duduk arménien », résume le chanteur qui précise : « Le duduk arménien est un instrument à vent très court. C’est un hautbois traditionnel à anche double qui pleure, avec un son très proche du chant, idéal pour accompagner la gwerz ».


Denez Prigent, lors de la présentation de son spectacle au Glenmor, ici entouré de Pierre Sibéril, directeur du Glenmor, Bernadette Larroque, adjointe à la culture, Christian Troadec, maire de Carhaix et Serge Couteller, président de la régie du Glenmor (photo©Jean-Pierre Bénard).


Inspiré par les musiques du monde

Avec le concours d’Alain Pennec aux accordéons diatoniques, d’Antoine Lahay aux guitares acoustiques, de Cyrille Bonneau (subois, saxophone soprano, duduk, whistles), de Jérôme Seguin (contrebasse), Raphaël Chevalier (violon acoustique) et de David Rusaouen (cajón, derbouka, batterie), Denez Prigent se propose de tisser des atmosphères inspirées par les musiques du monde. « Avec des couleurs celtiques et orientales tout autant que bretonnes, et en respectant le caractère non tempéré ou l’arythmie de chants comme An hini a garan ou E garnison qui sont repris dans mon spectacle. »

« Un pays intérieur »

« Chant byzantin, grec ou iranien, j'ingurgite tout ça et,


quand je compose, toutes ces influences inconscientes ressurgissent, comme venues d’ailleurs. Une sorte de pays intérieur, de mosaïque des langues et des musiquesque je me suis créé au fil des rencontres et que j’ai voulu exprimer avec Beajet 'm eus », explique Denez Prigent qui décline quelques-uns des vers de la gwerz emblématique de son spectacle : « J’ai voyagé autour du monde, à la recherche d’une chose, je ne savais pas quoi. Au bout de sept ans je suis revenu. J’ai trouvé sur le pas de ma porte, ce que je cherchais et que je n’avais pas trouvé, le plus beau des trésors : une terre et un pays que j’avais oubliés ».

Jean-Pierre Bénard

Papier d'annonce du concert de Denez Prigent, organisé le 20 avril 2014 au Glenmor, à Carhaix (Finistère).