L’étincelle d’or des gwerzioù de Denez Prigent

Denez Prigent a présenté son spectacle Beajet 'm eus, devant plus de 600 spectateurs réunis au Glenmor, à Carhaix.

D’entrée de jeu, l’artiste le rappelle en français : « J’ai voyagé autour du monde, à la recherche d’une chose, je ne savais pas quoi. Au bout de sept ans je suis revenu. J’ai trouvé sur le pas de ma porte, ce que je cherchais et que je n’avais pas trouvé, le plus beau des trésors : une terre et un pays que j’avais oubliés ».

Un trait de duduk, hautbois arménien à anche double plus tard, et les six musiciens entourant Denez Prigent lancent les premières mesures d’une dañs fisel. « Il va falloir écarter les tables et les chaises ! », sourit le chanteur avant d’entonner An hini a garan (celle que j’aime). « An hini a garan, 'm eus kollet da viken. 'Mañ degouezhet pell ha ne zistroio ken. Celle que j’aime, je l’ai perdue à jamais. Elle est partie au loin et ne reviendra pas. » Dans la salle, les 600 spectateurs du Glenmor sont suspendus au souffle du chanteur et aux couplets de ce grand classique breton. Gwerz à laquelle l’artiste a choisi de mêler The parting of Friends. « Une mélodie irlandaise qui évoque aussi cette idée d’éloignement. »

Plinn, valse et complaintes

Alternant hommage aux sœurs Goadec avec le plinn E Garnison !, et chansons issues du


Dimanche au Glenmor, avec leurs instruments acoustiques, les six musiciens entourant Denez Prigent ont insufflé une véritable incandescence rock à Beajet 'm eus, le spectacle de chants en langue bretonne présenté à cette occasion par l’artiste.


répertoire traditionnel, Denez Prigent interprète aussi Eostig Kerchagrin, une valse de sa composition. « Itron, an Ankou nen on ket. Ur beajour ne lâran ket. O klask ur gwele da gouskiñ. Hag un tamm boued da zrebiñ. Madame, je ne suis pas la Mort. Mais un simple voyageur surpris par la nuit, qui cherche un endroit où dormir, un lit et un peu de nourriture », chante-t-il aussi avec Gwerz Kiev, une complainte poignante inspirée au chanteur bretonnant par l’Holomodor, une famine qui fit des millions de morts dans l’Ukraine des années 30. Plus de 20 ans après le début


de sa carrière, Denez Prigent semble toujours brûler du même feu sacré pour la culture bretonne. Pirouettes vocales du dribil -- technique d’ornemen- tation utilisée en dañs fisel et plinn -- et emprunts aux traditions musicales grecques ou andalouses, ont emporté le public du Glenmor dans une véritable incandescence rock. « Me 'zalc’h ennon ur fulenn aour. Je garde en moi une étincelle d’or », dit-il lui-même. Une lumière intérieure saluée dimanche par un triple rappel d’un public enthousiaste, ponctué d’une ovation debout.

Jean-Pierre Bénard


Chronique du concert de Denez Prigent, donné le dimanche 20 avril 2014, à l'espace Glenmor à Carhaix (Finistère).