Denis Pourawa, Kanak, poète et écrivain

Arrivé de Nouméa il y a deux semaines, il a posé son sac traditionnel à Carhaix, le temps de participer à l’Université des jeunes en Bretagne.


Avec ses tresses noires et son sac traditionnel à l’épaule, il a des faux airs de Rasta très calme et tout droit débarqué de Jamaïque. N’en croyez rien. «Je suis venu depuis Nouméa pour participer au salon du livre de Paris en mars dernier», confie en souriant Denis Pourawa, jeune poète Kanak à l’aube de la trentaine. «J’aurai 33 ans dans 5 jours.»

Son goût pour l’écriture ? «Je le dois beaucoup au milieu dans lequel j’ai grandi», raconte le jeune homme au souvenir de son enfance passée dans la tribu de Kanala. «J’accompagnais souvent ma grand-mère sur le sentier pour aller chercher de l’eau. Elle me nommait les arbres, les papillons et les libellules et en parlait toujours comme quelqu’un de la famille», se remémore-t-il. «Fais attention à ce papillon ! Ne lui fait pas de mal ! C’est peut-être ton grand-père, insistait-elle à mon attention.» Un univers particulièrement riche de sensations, de couleurs et d’odeurs et taillé sur mesure pour nourrir l’imaginaire du poète en devenir. «En grandissant, je me suis mis à écrire.»

Un tempérament d’écrivain difficilement compatible avec les contraintes de la scolarité. «Je me suis posé la question du savoir nécessaire à ma liberté et j’ai décidé de quitter l’école en 3e. Parce que j’étais en désaccord et en incompréhension avec le monde qui m’entourait.»

Un livre témoignage

Entretemps, à l’âge de 10 ans, le jeune Kanak avait vécu l’assassinat d’Eloi Machoro, le chef de file indépendantiste, et les événements tragiques de 1984 en Nouvelle-Calédonie.


À cet emplacement figure une photo du poète Denis Pourawa.

Le poète Denis Pourawa était un des membres de la délégation Kanake présente pour la 8e édition de Skol-Veur Yaouankiz Breizh. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


«On était proche de la guerre civile. Le Nord contre le Sud. Noirs contre blancs. Etat Français contre Kanaks», résume-t-il à ce propos.En 2003, une première exposition sur Jean-Marie Tjibaou sert de déclic. «J’ai écrit un premier livre pour la jeunesse sur le voyage initiatique et le mythe de Téâkanaké, un des fondements de la mythologie Kanake.» Un premier essai d’écriture poétique remarqué par Tokiko. «Une artiste photographe Kanake avec laquelle j’ai entrepris la réalisation de : Entre voir les mots des murs (1), l’ouvrage que je suis venu présenter à Paris.» Un livre témoignage, fait de photos de cases et de maisons abandonnées dans leur fuite par les habitants, ou brûlées au cours des violences de 84. «Il n’y avait que la poésie qui puisse transcender cette souffrance, pour qu’elle renaisse sous une forme intelligible et avec un autre


regard sur ce passé récent», confie Denis Pourawa, créateur à cette occasion d’une technique originale de poèmes photographiques, «Qui font rapport avec les images de Tokiko». Son passage en Bretagne ? «J’ai croisé Rock Pidjot, un ami Kanak, au Salon du livre de Paris. Il devait venir à Carhaix pour l’Université des jeunes. Et la Bretagne m’a tout de suite parlé, si bien que j’ai raté l’avion du retour à Nouméa !» Un contretemps sans souci pour le poète kanak imprégné de la philosophie de sa terre natale. «Quand il y a un travail à faire, les ancêtres sont toujours là pour t’accompagner.» (1) Éditions Grain de sable et L’Herbier de feu.

Jean-Pierre Bénard

  • Portrait du poète denis Pourawa, publié à l'occasion de la 8e édition de l'Université des jeunes en Bretagne organisée du 5 au 8 avril 2007 à Carhaix (Finistère).