En ouverture de la saison musicale de Accords-MJC à Brest

Le tango belge existentiel de Dimitri


Jeudi, le Vauban accueillait le premier concert de la saison musicale de Accords-MJC, avec le spec- tacle du chanteur belge Dimitri, seul en scène devant un public rapidement conquis par la personnalité et l'uni- vers original de l'artiste.

«J'entame ma déprime hivernale», lance Dimitri, le chanteur au torse dénudé. Les touches du clavier grincent sous ses doigts de pianiste écorché. La voix éructe, gémit. «Aaah ! j'ai le blues», lâche-t-il soudain, le corps cramponné au piano de la scène du Vauban, comme pour mieux résister au spleen existentiel qui semble l'assaillir. «Mouchette, j'ai enfin réussi à t'éclater la tête», chante-t-il, non sans malice, l'instant d'après, avec une hargne mêlée de volupté, heureux d'avoir pris du bout de l'orteil le public complice à contrepied.

«Un peu d'amour, un peu de jour, un peu d'azur», chante aussi l'artiste, en offrant le dépouillement d'une chanson interprétée à cappella, seul au-devant de la scène,


Dimitri ferraille de la voix contre la grisaille du quotidien avec une poésie bluesy mâtinée de rage, d'humour et de légèreté.


en jouant habilement du contraste avec le blues déchaîné qui précède. Un opus à la manière du Blues du dentiste, cher à Henri Salvador. Avec ses petites histoires douces amères au goût bluesy, son accordéon marmonnant un improbable tango belge et ses chorégraphies de saltimbanque des rues,


Dimitri a soigné notre début de déprime hivernale avec la seule pharmacopée qui vaille : huit mesures d'un blues à l'accent liégois.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle donné par Dimitri, le jeudi 17 octobre 2002 au Vauban, à Brest (Finistère).