Petite musique de nuit pour écrivains de théâtre

Marc Dugowson et Elie Pressmann ont participé à la première Nuit des écrivains de théâtre, organisée au Cinédix par le comité départemental de théâtre amateur et Pierre-Marie Quesseveur.


«La guerre de 14-18 a inauguré la barbarie du XXe siècle. C’est une préfiguration grandeur nature de ce qui allait suivre», lance Marc Dugowson, premier grand prix de la littérature dramatique, venu présenter Dans le vif, sa dernière pièce récompensée en mai dernier par le ministère de la Culture, et lue au Cinédix par la compagnie carhaisienne Faltazia. «Un véritable cataclysme pour le monde rural», ajoute-t-il, au sujet d’une intrigue située à la veille de la guerre dans les environs de Quimperlé. «Parce que la paysannerie bretonne a payé le prix du sang et que j’aime beaucoup cette région.»

Une histoire prenant des airs de Johnny s’en va en guerre, le film insoutenable de Dalton Trumbo sur la première guerre mondiale, quand Jules-Etienne Scornet, le jeune soldat breton monté au front, prend conscience de sa virilité réduite en charpie. « Mon lieutenant, il faudrait qu’on me l’amputasse », lance-t-il, à son officier, dans une tirade tout en humour noir à la manière de Cyrano.

Démarrage dans le vif

Un humour partagé par Elie Pressmann, l’autre auteur invité de la soirée, venu lire pour sa part Vlan, une pièce écrite dans le sillage du théâtre de Samuel Beckett. «Mon collègue fait plus dans la viande. Mais, de


Elie Pressmann est venu lire Vlan, une pièce de théâtre dont il est l’auteur, à l’occasion de la première Nuit des écrivains de théâtre. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


mon côté, c’est plus allégorique», sourit-il, à l’évocation de ses propres personnages, attendant sous un abribus en plein désert un bus n° 80 qui tarde à venir. «La première fois que j’ai tué officiellement, j’avais 10 ans, et vous ?». Un démarrage dans le vif pour le texte d’Elie Pressmann, avec cette discussion philosophique entre un vieil homme au couteau et un jeune surgit de nulle part. «Il y a ceux qui ne méritent pas de vivre et ceux qui méritent de mourir dignement»,


lance le vieillard, amateur de phrases coupantes et de fines lames glissant entre deux côtes, comme un archet de violoncelle sur une suite de Bach. Le poignard glisse une dernière fois et le bus 80 finit par arriver. Dommage, toutefois, que dans la salle, aussi peu de spectateurs soient venu en écouter la petite musique de nuit.

Jean-Pierre Bénard

  • Chronique de la première Nuit des écrivains de théâtre, organisée à Carhaix (Finistère), le vendredi 7 octobre 2005.