École des filles : Nominoé, Bretagne et J.O de Londres

L’École des filles a reçu l’historien Jean-Jacques Monnier et le journaliste Olivier Caillebot, pour une histoire de la Bretagne contée en deux heures d’une conférence musicale, donnée le dimanche 19 août 2012.

L’histoire de la Bretagne est leur affaire depuis quelque temps déjà. « Cet été, après les Champs libres, à Rennes, et le château des ducs de Bretagne, à Nantes, nous en sommes à la 8e conférence sur ce thème », confie l’historien Jean-Jacques Monnier, coauteur avec le journaliste Olivier Caillebot, de L’histoire de la Bretagne pour tous, publiée chez Skol Vreizh en 2012.

Ce dimanche d'août 2012, le duo a poursuivi son tour de Bretagne avec une nouvelle conférence musicale, entamée sous le préau de l’École des filles et sur les accords du Bro gozh ma zadoù (Le vieux pays de mes ancêtres), l’hymne national breton, interprété à la guitare par Didier Dréo et Alix.

« 700 000 ans avant notre ère »

« Nous allons tout de suite entrer dans la préhistoire, en nous reportant près de 700 000 ans avant notre ère », indique d’entrée de jeu l’historien. À cette époque lointaine, l’Armorique a déjà des habitants. « Nous en avons des preuves archéologiques avec les outils qu’ils nous ont laissés. Mais d’eux, ajoute Jean-Jacques Monnier à l’attention de son compère Olivier Caillebot et des 80 personnes présentes, il n’y a aucune trace. Impossible, en effet, pour des ossements humains, de subsister durablement dans les sols acides de la péninsule armoricaine. »

« Les Bretons de l’île de Bretagne »

Si ces premiers habitants de la préhistoire n’ont pas fait de vieux os en Armorique, les suivants ont laissé beaucoup plus de traces. « 50 ans avant notre ère, à l’époque de l’invasion romaine, des tribus gauloises sont déjà installées sur le sol de la péninsule », rappelle l’historien. Le futur de l’histoire bretonne se joue pour sa part de l’autre côté de la Manche.


L’historien Jean-Jacques Monnier et le journaliste Olivier Caillebot, secondés par les guitaristes Didier Dréo et Alix, ont présenté dimanche à l’École des filles au Huelgoat, une conférence musicale sur une histoire de la Bretagne jalonnée de nombreux symboles (photo©Jean-Pierre Bénard).


« Les Bretons occupent alors une grande partie de l’île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), et parlent une langue brittonique assez proche du gaulois en usage sur le continent. » Chassés par les invasions anglo-saxonnes survenues avec la débâcle de l’empire romain, les Bretons s’installent bientôt en Armorique. « Au cours d’un long mouvement migratoire, du troisième au sixième siècle de notre ère, en créant ainsi une même communauté culturelle de part et d’autre de la Manche. »

Nominoé, hermine et Duguesclin

L’Armorique devenue Bretagne ouvre alors une des premières pages de sa nouvelle histoire avec le roi Nominoé. « Qui vainc les Francs en 845 à la bataille de Ballon et pousse son avantage vers l’Est, en étendant les frontières de la Bretagne vers le Cotentin et jusqu’à Angers », rappelle aussi Jean-Jacques Monnier.

Ducs, alliances princières et luttes intestines pour le pouvoir marquent la suite du roman de la Bretagne. « Pierre de Dreux, époux de la princesse bretonne Alix, introduit l’hermine issue de son blason


de prince capétien. Un symbole repris ensuite par le duc Jean III en 1316 », indique l’historien qui réhabilite au passage Duguesclin. « Il a combattu dans le camp pro-français des Blois, mais l’idée de trahison n’est pas adaptée à une époque féodale marquée par les fidélités personnelles. »

Le gwenn-ha-du aux J.O

Anne de Bretagne, révolte des Bonnets rouges, Cadoudal, Bro gozh, Bécassine, ou encore guerre de 14 vue du côté breton, illustrent une histoire ignorée des manuels scolaires et racontée en moins de deux heures. « Objet d’amendes dans les années soixante, le gwenn-ha-du figure désormais officiellement sur les plaques minéralogiques bretonnes. Bagadoù et marque Produit en Bretagne sont aujourd’hui des signes forts de l’identité bretonne connus de tous », insistent Jean-Jacques Monnier et Olivier Caillebot qui soulignent également en souriant, les côtés ironiques et inattendus de l'histoire. « La jeune vététiste bretonne Julie Brisset, médaillée d’or aux J.O de Londres, a vu ses supporteurs brandir un étendard, mélange de 20 % de drapeau français et de... 80 % de gwenn-ha-du ! »

Jean-Pierre Bénard



« Une tonalité vivante et pas du tout dogmatique »

« Deux heures, c’est évidemment un peu court pour évoquer l’histoire de la Bretagne », confie en souriant le dessinateur Alain Goutal au sortir de la conférence animée dimanche à l’École des filles par Jean-Jacques Monnier et Olivier Caillebot. « Mais j’ai trouvé très intéressant le mélange d’humour, de musique, et l’angle choisi par les deux conférenciers pour vulgariser cette histoire. C’était à la fois très vivant et pas du tout dogmatique.

Par ailleurs, insiste Alain Goutal, il était important de rappeler l’antériorité de peuplement préceltique de la péninsule armoricaine. Les menhirs, les dolmens et le symbole du triskell qui sont souvent à tort attribués aux Celtes, nous ont en effet été laissés bien avant eux par les peuples de la civilisation des mégalithes. Comme le triskell gravé sur le tombeau néolithique de Newgrange si-


Alain Goutal (photo©Jean-Pierre Bénard)



tué en Angleterre. L’Armorique est devenue bretonne au détour du Ve siècle et a conservé son indépendance face aux Francs durant près de dix siècles, rappelle aussi le dessinateur avant de conclure :



« J'ai également apprécié la mise en valeur de l’humanisme breton souligné par Jean-Jacques Monnier. Cet aspect de notre identité qui nous rend si fiers d’être Bretons. »


« Ça vient combler les manques de l’école »

Elle a 27 ans et a chanté le Bro gozh, l’hymne national breton, dimanche à l’École des filles, en intermède musical de la conférence sur l’histoire de la Bretagne. « Ça ne fait que deux ans que j’apprends la langue bretonne et que je chante », confie en souriant Nolwenn Morvan. « J’ai découvert aujourd’hui beaucoup d’aspects de l’histoire de la Bretagne que je ne connaissais pas ou peu, poursuit également cette jeune ingénieure en informatique venue de Lannion. Comme avec le symbole du triskell dont l’existence est antérieure aux Celtes.

Bien sûr, ajoute Nolwenn Morvan, cette évocation historique est rapide. Mais elle vient justement combler le manque de l’école à ce sujet. Anne de Bretagne, je connaissais un peu, comme tout le monde, sourit-elle aussi. Mais je ne savais pas qu’elle avait été mariée deux fois, à Maximilien 1er d’Autriche, puis


Nolwenn Morvan (photo©Jean-Pierre Bénard).



à Louis XII et que cela avait donné lieu à l’établissement de deux traités entre la Bretagne et la France. »

Son intérêt pour la langue bretonne, Nolwenn le tient de son grand-père. « Le breton est



sa langue maternelle. Je l’apprends depuis deux ans parce que j’ai voulu pouvoir converser avec lui dans cette langue. Et aussi pour lui montrer que le breton avait un avenir après lui. »