Matheus chamboule allègrement l’opéra

Dimanche, l’ensemble Matheus a interprété Il Re Pastore, un opéra de Mozart, devant une salle du Glenmor archicomble.

À l’avant-scène, les cinq chanteurs solistes font une entrée enjouée et entament une métamorphose costumière express sous l’œil des 600 spectateurs du Glenmor. Une cape écarlate prestement posée sur les épaules d’Alexandre, donne au roi de Macédoine, interprété par le ténor Enguerrand de Hys, les attributs pourpres du pouvoir. Sur son estrade, le chef Jean-Christophe Spinosi lance avec fougue la machine orchestrale des trente-six musiciens de l’ensemble Matheus.

« Tu demandes dans ton langage où est notre bonheur ? », chante Aminta à l’attention de son amoureuse Elisa. La cravate du chef Spinosi virevolte, au gré des envolées d’une partition mozartienne qu’il pimente aussi de trois notes de western spaghetti empruntées à Ennio Morricone. « Le devoir d’un roi ? Soulager les opprimés et rendre heureux les royaumes », vocalise à son tour le roi Alexandre dans la langue de Dante surtitrée en français, avant de dévoiler subitement au public, un torse bleu flanqué d’un « A » flamboyant de super-héros de fanzine..


Avec Il Re Pastore, l’ensemble Matheus dépoussière l’opéra de son décorum habituel pour faire place au seul plaisir de la musique. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Anachronismes savoureux

Avec Il Re Pastore (Le roi berger), Matheus ajoute un nouvel opus à son entreprise de désacralisation de la musique classique. Multipliant les clins d’yeux, distillant de savoureux anachronismes, la mise en scène de Nathalie Spinosi chamboule allègrement le dispositif traditionnel de l’opéra. Elle hisse l’ensemble symphonique sur scène et en pleine lumière, loin des pénombres anonymes de la fosse d’orchestre.


Entre morceaux de bravoure vocale et assauts énergiques des cordes, chanteurs solistes et musiciens se partagent la vedette, sous le regard d’un public qui découvre un livret de Pietro Metastasio, daté de 1775, certes pas toujours des plus palpitant, mais débarrassé des lourdeurs décoratives du genre. Au terme du divertissement mozartien, l’amour triomphe enfin de la raison d’État, dans un ultime gag en forme de selfie que n’aurait pas renié le facétieux Wolfgang Amadeus.

Jean-Pierre Bénard


Chronique du concert donné par l'ensemble Matheus le dimanche 14 décembre 2014, à l'espace Glenmor à Carhaix (Finistère).