L’épicéa breton coqueluche des acheteurs chinois

Plus d’une centaine de propriétaires forestiers de Bretagne ont participé, lundi 16 mai 2011, aux halles, à Carhaix, à la plus importante vente de bois privé organisée en France. Rencontre avec l’expert Claude Vessier.

Il n’y a pas que les centrales nucléaires, l’acier ou le lait pour intéresser les Chinois. Le bois a aussi sa part dans les importations de la République populaire de Chine et l’épicéa de sitka, un résineux hôte des bois privés centre-bretons, fait partie du lot. « Un Fonds forestier national a été créé au lendemain de la guerre et cette essence a été largement utilisée à l’époque pour le reboisement de la Bretagne », confie à ce sujet Claude Vessier, l’expert forestier coordinateur de la vente groupée de coupes de bois, organisée le 16 mai dernier à Carhaix.

Un épicéa de sitka qui affectionne le climat breton et couvre environ 20 000 ha, soit 6 à 7 % des surfaces boisées en Bretagne. « Des acheteurs, porteurs de contrats d’approvisionnement pour la Chine, participent aux deux ventes annuelles que nous organisons en Bretagne, explique l’expert. Ils achètent d’importants volumes de grumes bretons qui transitent ensuite vers les ports de Brest, Saint-Malo et Nantes, avant d’être acheminés en Chine par la voie maritime. »

Une vente par adjudication

Aux halles, à Carhaix, plus d’une centaine de propriétaires forestiers des départements bretons ont ainsi mis en vente leurs bois, plantés il y a un demi-siècle et arrivés aujourd’hui à maturité. « Il y a beaucoup de petits propriétaires de parcelles allant de 1 à 10 ha, et notre rôle d’expert est de les aider à vendre leur bois dans les meilleures conditions », résume Claude Vessier, l’un des quatre experts bretons du domaine forestier. Présenté sur catalogue, chaque lot fait l’objet d’un prix de réserve. « La vente se fait, non pas aux enchères, mais par adjudication et lot par lot. On ramasse les soumissions de prix et, à l’ouverture des plis, l’acheteur le mieux-disant remporte le lot. »


Claude Vessier (association des experts forestiers de Bretagne, à droite) et Frédéric Leblond, son collaborateur, ont accueilli le 16 mai 2011, à Carhaix, les participants de la plus importante vente de bois sur pieds, organisée en France avec 71 000 m3 vendus. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


De 33 à 40 € le m3

Un système de vente plutôt en faveur des petits propriétaires, semble-t-il. « C’est une meilleure garantie pour eux qu’une vente directe, où les conditions de la transaction sont moins transparentes », affirme l’expert. Près de 71 000 m3 de bois de toutes essences ont ainsi changé de main le 16 mai. « Les lots d’épicéa de sitka sont vendus entre 33 et 40 € du m3. Cela dépend des essences et des conditions d’exploitation, précise le coordinateur. Parmi les lots vendus, 80 % proviennent des massifs finistériens avec une majorité de 90 % de résineux. »

« Reconstruire la ressource »

Une politique de boisement en résineux, qui est parfois pointée du doigt pour cause d’acidification des sols. « Il faut être clair, insiste Claude Vessier. Sur le plan économique, la plupart de ces petites parcelles ne peuvent être replantées qu’en résineux. On n’a pas d’autre alternative. Dans les Monts d’Arrée, poursuit le spécialiste, pas un feuillu n’est capable de produire du bois. Il faut être attentif à reconstruire la res-


source et, en centre-Bretagne, les entreprises de la filière ont besoin de cette matière première pour fonctionner. »

« On s’est bagarré pour Carhaix »

Organisée pour la troisième fois à Carhaix, cette vente a intéressé aussi les acheteurs Belges et Normands présents le 16 mai dernier. « On s’est bagarré pour vaincre les réticences de nos collègues et organiser cette vente de printemps dans la capitale du Poher, plutôt qu’en Île-et-Vilaine », insiste Claude Vessier. « Nous, on veut vendre le bois, là où il est produit. Et ça marche, se félicite-t-il. Cet après-midi, la salle sera pleine. C’est important, à l’heure où, pour cause de mondialisation des échanges, des inquiétudes existent dans la filière », conclut l’expert âgé de 62 ans, et entré dans la carrière en 1983. « Le bois, ça conserve ! », sourit-il.

Jean-Pierre Bénard

(Reportage réalisé le 16/05/11).