La chronique de l'ethnomusicologue masqué (suite)

Le quadrille québécois : une histoire récente



Pierre Chartrand, câlleur Québécois bien connu en France, et lecteur attentif de cette page web, a bien voulu nous communiquer cette contribution qui éclaire l'histoire du quadrille en Amérique du Nord et au Québec :

« Le quadrille se danse (chez nous, au Québec), sur du reel (2/4), de la marche en 6/8, et parfois de la galope (4/4). Le quadrille n'est absolument pas d'origine populaire, mais simplement un amalgame de contredanses françaises publiées au milieu XVIIIe siècle, qui ont donné leur nom aux différentes parties du quadrille. [Pour plus de détails lire : Jean-Michel Guilcher, La Contredanse et les renouvellements de la danse française. éd. Mouton & CO., Paris / La Haye, 1969, 234 p.].

Des sources différentes

L'importation du quadrille dans les 2 pays s'est faite de manière très différente. La Guadeloupe était une colonie française, sous contrôle français, et tout ce qui s'ensuit... Le Québec était sous domination anglaise, avec ses modes et sa phénoménale immigration irlandaise (de 1815 à 1860 approx.).

Le quadrille nous est venu de la même source que celle qui alimentait l'Irlande ou l'Écosse, ou encore les États-Unis. En plus de J.-M. Guilcher, le lecteur


peut consulter :  La danse traditionnelle dans l'est du Canada. Quadrilles et cotillons. Simone Voyer. Presses de l'Universite Laval, Québec, 1986, 509 p. Ou encore visiter le site web du Centre Mnemo, dont Pierre Chartrand est le directeur. On y trouvera les origines du set carré, ainsi qu'une introduction aux différents genres de danses québécoises :

http://www.mnemo.qc.ca

Un quadrille sans câlleur

La tradition de danse québécoise n'a absolument rien gardé de la pratique dansée du XVIIe siècle. (principalement menuet, contredanse française, quelques rondes chantées...)

Le premier quadrille apparaît en France au début XIXe siècle, et le premier au Québec en 1819 ! (par l'intermédiaire des anglais, qui l'ont bien sûr adopté dès 1815, après Waterloo). Le quadrille ne fût jamais câllé (*) au Québec. La France a eu ses rigaudonnies, et en a gardé le souvenir dans certaines pratiques populaires (tel M. Bélanger, et autres du genre, en Normandie, qui annonce ses avant-deux). Traditionnellement, la grande majorité des danses québécoises ne sont pas callées (reel, cotillon, quadrille, contredanse).


Une danse venue des USA

En fait la seule danse câllée est le « set », qui est le dernier né de la tradition de chez nous, et d'importation américaine.

Arrivé au début du siècle, parfois même plus tard (voire pas du tout, comme à l'Ile d'Orléans) il a apporte avec lui ses calls en anglais. C'est d'ailleurs pourquoi les vieux câlleurs câllent généralement en anglais, même lorsqu'ils sont francophones ! et même s'ils ne comprennent pas toujours ce qu'ils disent ! Ce n'est qu'au milieu du siècle, et ensuite dans les annees 70 (mode Folk) que nous nous sommes mis à caller en français, le père du call français étant Ovila Legare (comédien, animateur de radio...).»

Pierre Chartrand.

(*) Mot forgé avec l'anglais « to call ». Un meneur de danse, le « câlleur », donne les indications à la voix pour les danseurs, dans le bal québécois contemporain.

Dans les années 70, la pratique du bal et des danses québécoises s'est répandue en France, à l'initiative de Francine Reeves.