Fabrice Éboué : « Je suis là pour grossir le trait »

L’humoriste Fabrice Éboué était le 10 novembre 2011 sur la scène du Glenmor. Entretien avec un artiste à l’humour métissé et mordant.

Vous êtes né d’un père camerounais et d’une mère normande. Est-ce que le débat sur l’identité nationale vous a fait rire ?

Oui, oui, ça m’a beaucoup fait rire. D’ailleurs, c’est marrant que vous me parliez de ça, parce que ça correspond à un sketch complet dans mon spectacle, au cours duquel je dis qu’à partir du moment où on boit du vin : on est Français ! C’est vrai qu’avec ma déformation professionnelle, j’ai plutôt tendance à prendre les choses avec le sourire. De toute façon, je n’ai jamais rencontré de problème d’intégration ou d’identité. Et, dans les rares circonstances où j’ai pu être victime de discrimination, j’ai toujours pris les choses avec philosophie.

La prochaine élection pré- sidentielle, ça vous inspire ?

Oui, j’en parle dans mon spectacle. C’était difficile de passer à côté. Et je ne me prive pas d’extrapoler sur des sujets qui ont défrayé la chronique ces derniers temps, notamment, puisqu’il faut désormais en parler au pluriel : les diverses affaires DSK. Dans la foulée, j’en profite pour égratigner aussi tous les hommes politiques qui font l’actualité. Avec la crise, les gens sont assez friands de tout ce qui moque les puissants. Et maintenant que Nicolas Sarkozy est en position d’être battu, qu’il n’est plus vraiment le président-roi qu’il a pu être, le public aime m’entendre brocarder la Gauche, comme la Droite.

Le journal Charlie Hebdo a été incendié après son numéro humoristique sur la charia. Vous en avez pensé quoi ?

C’est scandaleux et ça ne doit pas se reproduire. Mais mon métier, c’est de tourner les choses en dérision : je parle aussi de la Tunisie dans mon spectacle et je dis qu’on est passé du : y’a du soleil et des nanas, à : y’a des islamistes et la charia.


Fabrice Éboué (Photo : droits réservés).


Évidemment, moi, je suis là pour grossir le trait. Cela dit, les Tunisiens ont choisi et il faut respecter leur choix. Si demain les Français élisaient Marine Le Pen, je ne pense pas qu’on attendrait des Tunisiens qu’ils viennent nous sauver. Ils diraient avec raison : c’est le choix des Français, respectons-le.

Vous jouez souvent en Bretagne ?

Oui, je pense que c’est ma région de prédilection. J’y ai un très bon accueil du public. Je suis d’origine normande, mais je sais que les Bretons sont de grands navigateurs et qu’ils aiment beaucoup voyager. D’ailleurs, c’est curieux, mais il y a beaucoup de gens comme moi qui sont nés d’un métissage avec un père ou une mère d’origine bretonne. C’est sans doute pour ça que j’ai trouvé une attache particulière avec cette Bretagne, tournée vers le grand large, et que j’ai beaucoup de bonheur à jouer chez vous.

Vos modèles en matière d’humour ?

J’ai un humour mordant et rentre-dedans. Quand j’étais plus jeune, j’ai beaucoup aimé lire Desproges et écouter Coluche. Les humoristes sont un peu le


reflet de leur époque. La nôtre est peut-être un peu plus superficielle. C’est pour cette raison que je me sens attiré par ces artistes, issus d’une période qui était sans doute plus engagée que celle d’aujourd’hui.

Le mélange des cultures, ça vous tient à cœur ?

Ce que j’écris en théâtre, en cinéma ou ailleurs, ce sont des choses qui me ressemblent. D’où mon envie de parler aussi du métissage et de cette rencontre improbable entre un père camerounais et une mère normande. J’en suis l’incarnation et la résultante, d’un point de vue culturel et humain. Et c’est ça que j’ai envie de partager, parce que je pense que ce sont des valeurs positives et optimistes.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec l'humoriste Fabrice Éboué avant son spectacle au Glenmor, à Carhaix, et publié le 10 novembre 2011.