Le fest-noz de Poullaouen au centre des débats

Un débat public consacré à l’avenir du fest-noz s’est tenu le 5 juin 2010 à Poullaouen. Avec, en point de mire, l’inscription en 2011 de la fête de nuit bretonne au patrimoine immatériel de l’Unesco.

Un débat d’actualité

La notion de patrimoine culturel immatériel de l’Unesco est une belle opportunité pour la culture bretonne et Charles Quimbert, le directeur de Dastum, se fait fort d’en souligner les aspects positifs. « C’est l’occasion d’avoir un levier international pour une reconnaissance et une mise en valeur de notre culture », explique-t-il d’entrée de jeu à la soixantaine de participants réunis, samedi dernier, à la salle des loisirs de Poullaouen.

Dans ce débat d’actualité, le fest-noz, la fête de nuit bretonne réinventée en 1954 à Poullaouen par Loeïz Ropars, correspond pile-poil aux critères définis par l’instance culturelle internationale dans son dossier d’inscription. « C’est le processus de transmission qui est mis en avant par la convention », insiste-t-il à propos de l’esprit d’un texte international qui vient, selon lui, « Remettre en cause la notion d’une culture unique et élitiste, méconnaissant la diversité culturelle ».

Une culture en mouvement

Du côté des sonneurs ou des organisateurs de fest-noz, comment voit-on l’avenir ? « Tous les ans, en novembre, nous organisons un fest-noz hommage qui a énormément de succès. C’est peut-être une piste qui n’est pas à dédaigner, pour assurer la transmission auprès des jeunes générations », suggère le sonneur Hervé Irvoas, un des organisateurs du Printemps de Châteauneuf-du-Faou. Pour Erik Marchand, débarqué pour la première fois en stop à Poullaouen, il y a 36 ans, pas de doute : la culture toujours en mouvement du fest-noz a gagné son cœur à jamais. « Je me suis rendu compte, beaucoup plus tard, que je n’avais pas fait une erreur en venant ici, plutôt que de rejoindre Madagascar et sa musique que j’écoutais en boucle à l’époque. »


À Poullaouen, les représentants des associations culturelles bretonnes et les élus participant au groupe de travail piloté par Dastum, ont redit leur souhait de voir l’inscription prochaine du fest-noz, sur les listes du patrimoine immatériel de l’Unesco. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


«Une identité propre à chacun»

Le fest-noz n’est pas toujours vécu de la même façon ici et là, en Bretagne, et Patrick Malrieu, ancien président du Conseil culturel de Bretagne ne s’en étonne guère. « Un fest-noz à Poullaouen n’est pas le même qu’un fest-noz organisé à Rennes. Il y a une identité propre à chacun », indique-t-il en regrettant au passage que le kan-ha-diskan, « autrefois affaire des familles, soit devenu aujourd’hui une affaire de spécialistes ».

«Trouver de nouveaux publics»

Julien Cornic, jeune président de Dastum Bro Dreger, insiste, pour sa part, sur les difficultés rencontrées dans ses activités d’organisateur de fest-noz. « Beaucoup d’assos ont été radiées du guichet unique (pour le paiement des charges sociales des musiciens. NDLR). Ce qui nous oblige à co-organiser et à mettre en place des plateaux de musiciens et des jauges de salles plus réduits. » Autre sujet de questionnement pour Julien Cornic : « On voit les musiciens traditionnels déserter les fêtes commerciales et se priver ainsi de la possibilité de trou-


ver de nouveaux publics. Enfin, ajoute-t-il également, si on veut vraiment faire de la place aux jeunes sonneurs, est-il bien pertinent de sacrer cinq fois de suite les mêmes musiciens champions de Bretagne ? »

« Des identités composites »

Le fest-noz verra-t-il son inscription en 2011 sur les listes du patrimoine immatériel ? La Région, en tout cas, a marqué samedi son soutien au débat. « La Bretagne a quelque chose à dire dans la crise de civilisation que nous connaissons, comme exemple d’une identité enracinée qui vient de loin, tout en étant ouverte aux autres, indique pour sa part l’élu régional Jean-Michel Le Boulanger en conclusion du débat. Le temps est venu, désormais, des identités composites qui s’emboîtent dans un enrichissement mutuel. Apportez-nous vos propositions, insiste également le vice-président à la culture et aux pratiques culturelles, dans un appel du pied aux acteurs de terrain : pour nous aider à élaborer une politique culturelle et à la traduire en lignes budgétaires. »

Jean-Pierre Bénard