Théâtre : « Les petits cailloux que l'on sème »

En 4 jours et 17 spectacles d'une sélection éclectique, le 14e festival de théâtre amateur a livré de jolis moments de bonheur théâtral aux 2 000 spectateurs accourus à l'espace Glenmor.


Tout de noir vêtu, campé dans ses godillots de général en chef du Mal et l'oreille collée sur son portable, Satan taille le bout de gras dans une lumière rouge feu avec le conseiller du Très Haut. « Il m'a raccroché au trident ! », s'exclame le Malin, en éructant d'un air gourmand sur les envies de grosse bouffe du genre humain. « Je veux que les gens crèvent de trop bouffer ! Que le cholestérol cartonne et que l'indigestion se généralise ! »

Vendredi, sur la scène du Glenmor, les comédiens venus de Montreuil passent au crible de l'humour noir les 7 péchés capitaux de gourmandise, colère et paresse, scrutés par la plume de Jean-Paul Alègre, Pierre Notte et Jean-Claude Grumberg. « Si tu continues, je te plante une fourchette dans l'oeil ! » Dans la salle, les griefs échangés entre les acteurs d'une infernale réunion de famille font mouche. On rigole. C'est enlevé, énergique, et la troupe des Arts Masqués tire avec brio son épingle du jeu.

« Une odeur de jupons de femmes »

Dans le hall du Glenmor, l'écrivain dramatique Gérard Levoyer dit tout son plaisir d'être le parrain de ce 14e festival. « J'aime les écritures simples, directes, populaires et professionnelles à la fois », confie l'auteur d'Un roi dans ma douche, une pièce créée à la radio par Claude Piéplu. « Populaire, ce n'est pas péjoratif. Il faut que le théâtre s'ouvre à tout le monde et j'en ai fait mon cheval de bataille. »


Vendredi, les comédiens des Arts Masqués ont fait grosse impression sur le public du festival avec Le Paradis est ailleurs, un superbe spectacle mis en scène par Marie-Claude Le Stanc. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


Le train sifflera 2 fois

Les Gobelunes de Vesseaux ont fait 900 km et 12 heures de route, pour jouer Les pas perdus à Carhaix. Un texte de Denise Bonal d'une heure et demie, évoquant une ambiance de trains et de gares pour la 2e fois du festival. « Dans les gares, y a toujours comme une odeur de jambon fumé et de jupons de femmes », poétise un SDF habitué des lieux. Spectacle terminé, les comédiens ardéchois échangent autour d'un verre avec le public resté au centre de congrès. « On n'ose même pas imaginer un espace comme celui-ci chez nous », lancent-ils, ravis de l'accueil et des conditions de jeu.

« Finesse et densité du travail d'acteur »

En soirée, Danser à Lughnasa, la pièce de l'Irlandais


Brian Friel jouée par La Compagnie Théâtrale du Moulin, distille à son tour une belle émotion. Entre tristesse Tchekhovienne et légèreté irlandaise de L'homme tranquille de John Ford. « Je suis béat d'admiration sur la finesse et la densité de votre travail d'acteur », avoue même un spectateur.

On n'oubliera pas également le très beau travail théâtral des lycéens de Landivisiau, non plus que la grâce de la jeune comédienne en herbe Solenn Guillemot, venue dimanche de Saint-Gabriel de Pont-l'Abbé avec Les fous de la reine. Un spectacle pour 4 personnages marqués BD Mangas, esthétique des costumes de Stars War et maquillages de Tim Burton. « Autant de petits cailloux que l'on sème auprès du public », conclut au sujet des meilleurs moments de cette 14e édition, Pierre-Marie Quesseveur, l'organisateur du festival.

Jean-Pierre Bénard


  • Chronique de la 14e édition du festival du théâtre amateur, organisée à Carhaix (Finistère), du 15 au 18 mai 2008.