Le 15e festival de théâtre a connu son point d’orgue, samedi

Le 15e festival du théâtre amateur a connu son point d’orgue le samedi 30 mai 2009 avec L’hiver sous la table, une fable sur l’exclusion et l’immigration présentée par Les Arts Masqués.

On n’avait pas oublié les minauderies sataniques du comédien Philippe Thourel, venu l’an dernier avec ses compères saltimbanques de la compagnie Francilienne Les Arts masqués. « Pour jouer Le paradis est ailleurs, un superbe spectacle sur les pêchés de gourmandise et de paresse », rappelle d’entrée de jeu Pierre-Marie Quesseveur, l’organisateur du 15e festival du théâtre amateur. Samedi, ils étaient à nouveau tous là sur la scène du Glenmor avec L’hiver sous la table, une pièce de Roland Topor.

« Dans une vieille chaudière »

Dans la pénombre inconfortable et mal éclairée d’un dessous-de-table, un cordonnier d’appartement s’escrime à coups de marteau sur les clous d’un fer de chaussure. « Ce n’est pas très confortable, là-dessous ! », lâche Philippe Thourel alias Dragomir, un clandestin d’Europe centrale, réfugié sous la table de Florence Michalon, sa logeuse traductrice sans le sou. « Je suis très gênée de vous demander de l’argent », s’excuse cette dernière avant que son sous-locataire ne lui rappelle sa condition d’éternel sans-logis. « Avant, j’ai vécu sous un lit, dans une tombe et même une vieille chaudière ! »

Un toit d’infortune

En trois répliques, le quo-


Un décor minimaliste éclairé par 2 loupiotes, 5 comédiens talentueux, et la fable de Roland Topor a pris vie. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


tidien décalé de ce duo improbable s’installe et l’on sourit au spectacle des quiproquos nés de la promiscuité entre haut et bas, dessus et dessous de table. « J’ai perdu mon bouton de chemisier ! », s’exclame soudain la jolie traductrice avant de rejoindre Dragomir, ému depuis belle lurette par la plastique irréprochable des jambes de sa logeuse. « Elle a une situation au-dessus de la mienne », soupire ce dernier avec un humour involontaire à l’oreille de Gritzka, un ami musicien venu le rejoindre sous le même toit d’infortune.


Candeur amoureuse

La fable sur les petites misères de l’immigration fait mouche et la candeur amoureuse de Melle Michalon est joliment campée par Isabelle Le Philippe. Et le talent de conteur de Roland Topor admirablement servi, une fois de plus, par la qualité de jeu des comédiens choisis par la metteuse en scène, Marie-Claude Le Stanc.

Jean-Pierre Bénard


  • Chronique de la 15e édition du festival du théâtre amateur, organisée à Carhaix (Finistère), du 28 au 31 mai 2009.


Des festivaliers fervents du théâtre amateur

Au hasard des rencontres, deux points de vue de festivaliers de cette 15e édition du festival de théâtre.


Catherine a 54 ans. « Moi, je suis une fervente du festival du théâtre amateur », confie samedi soir cette Carhaisienne amatrice de spectacle vivant, peu avant d’assister aux pièces de Woody Allen et de Roland Topor. « Le festival permet de voir des pièces d’auteurs contemporains super bien jouées, par des gens dotés d'un talent qui n’a souvent rien à envier aux comédiens professionnels », affirme aussi cette salariée de l’agroalimentaire. Un petit bémol, cependant, dans ce concert de louanges :


« On n’entend pas beaucoup parler du festival dans les médias. C’est un peu dommage, regrette-t-elle. Quant aux horaires, ils sont un peu élastiques ! ».

Le coup de coeur

Pour Didier, comédien amateur de la compagnie Zigzag venu de Rennes, le coup de cœur de la journée de samedi va à la prestation de Yannick Boitrelle. « Il nous a délivré un moment très poignant avec sa belle interprétation du texte de Jean Giono, L’homme qui


plantait des arbres » confie cet informaticien de 52 ans. Pour autant, le travail théâtral présenté par la compagnie du Kiniouland, venue de Pont-L’Abbé, mérite aussi des éloges, semble-t-il. « J’ai beaucoup aimé ce qu'ont fait les enfants avec le texte de Jean-Paul Alègre, Écoute le bruit de la mer. » Des jeunes au talent décidément prometteur. « Paroles blanches, proposé par les membres de l’atelier de Pierre-Marie Quesseveur, c’était aussi très beau. »


Le mot de la fin est revenu à l'écrivain de théâtre Jean-Paul Alègre, parrain de cette 15e édition ouverte également sur les arts plastiques.