En concert, au Vauban devant un public de connaisseurs

Andy J. Forest ou le blues blanc des Bayous


Après le rock grande classe d'Elliott Murphy, en février dernier, le bluesman louisianais Andy J. Forest a ravi un public de connaisseurs accouru, jeudi au Vauban, à l'invitation d'Accords-MJC. Entouré d'amis musiciens milanais plus américains que nature, l'artiste a enchainé une série de compositions inspirées de ses maîtres en blues, James Booker, Sonny Boy Williamson ou Sonny Terry, en passant par un zydeco des bayous de pure folie.

Du haut de sa silhouette élégante et noir vêtue, Andy J. Forest sollicite la pénombre des projecteurs. «Darkness is owness», lance-t-il, jeudi soir, au public des fans de blues de l'association Accords. Avec une pointe d'humour noir, à la manière d'un grand prêtre invoquant l'obscurité des Bayous, il embraye sur Voodoo lips. L'orgue à bouche se fait plus ténébreuse. Les guitares empruntent à leur tour des chemins dissonnants sur fond de percussions oppressantes.

«All the blues», s'écrie-t-il, enfin, au détour de cette reprise d'un standard de Miles Davis. Entraînant le public brestois pour une ballade métaphorique dans une vieille Dodge, bruissante du seul couple harmonica batterie, Andy J. Forest clame n'être jamais allé à Chicago. Il


Le bluesman blanc Andy J. Forest a offert, jeudi, au Vauban, un des meilleurs concerts de blues de la saison organisé par Accords-MJC.


le jure dans un pur blues inspiré de la cité des grands lacs américains.

L'enfer des bars

Cet amateur de poésie rimbaldienne a attrapé, à l'aube des années 70, le genre de fièvre bluesy inguérissable flottant dans l'enfer des bars de la Nouvelle-Orléans. «J'ai jammé avec James Booker ou Earl King à New-Orleans, après avoir pris mes premières leçons d'harmonica avec les sessions de Sonny Boy Williamson ou de Sonny Terry en Californie», confie le bluesman blanc, au sortir


de la scène du Vauban. «I am crazy in my head, I just got two crazy legs.» Jeudi, la virtuosité bluesy de l'harmoniciste Andy J. Forest s'est doublée d'une pure folie zydeco, puisée aux sources même des bayous épicés louisianais.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de blues donné par Andy J. Forest, le jeudi 10 mars 2005 au Vauban, à Brest (Finistère).