Les pipers sans nom n’ont pas le bourdon

Les amoureux de cornemuse irlandaise de l’association Gan ainm viennent de signer une nouvelle convention avec Musiques et danses en Finistère.

«Nous avons déjà un compagnonnage de plusieurs années avec l’association des amateurs de cornemuse irlandaise de Gan ainm», explique d’entrée de jeu Richard Ferrand, le président de Musiques et danses en Finistère. Un compagnonnage renouvelé par la signature d’une convention, à l’occasion du stage d’uilleann pipe organisé par Gan ainm à Ti Degemer durant la trêve de l’Ascension.

«Nous apportons avant tout notre soutien aux hommes qui pratiquent cet instrument et au public venu les écouter», poursuit également l’élu, en répondant par avance à ceux qui s’étonneraient de la sollicitude des pouvoirs publics, à l’égard de musiciens intéressés par un instrument d’origine étrangère. «En soutenant la pratique de l’uilleann pipe nous voulons nous situer aux antipodes d’une logique purement territoriale, souligne à ce sujet Richard Ferrand. L’enjeu est que la transmission de cet instrument puisse se faire et que le uilleann pipe continue de trouver un rayonnement, ici en Finistère, et plus largement en Bretagne.»

Un concert public

Un véritable baume sur le cœur de Jean-Luc Gastinel, le président des pipers « Sans nom », traduction littérale de Gan ainm, la raison sociale en gaélique choisie par les musiciens centre breton.


Le piper Patrick Molard a clôt le concert de cornemuse irlandaise, donné sur la scène des Bonnets Rouges en compagnie de Marc Guilloux et des sonneurs de l’association Gan ainm.


Non pas que les amoureux de la cornemuse irlandaise aient le bourdon en aucune façon. «Le stage d’uilleann pipe animé par Patrick Molard et par Alain Froment pour la partie lutherie, est suivi par vingt-cinq stagiaires», confie le président, en se réjouissant par ailleurs de compter une soixantaine d’adhérents dans ses rangs. «Nous sommes satisfaits de trouver le soutien ponctuel du conseil général. Cependant, l’argent apporté par Musiques et danses en Finistère est de l’argent public. Et nous ne voudrions pas que cela reste confiné entre initiés ou qu’il y ait un doute sur la réalité de nos actions»,


explique également Jean-Luc Gastinel, en évoquant le concert public organisé le soir même, à la salle des Bonnets Rouges de Kergloff. «Je considère qu’il est important de redonner au public ce qui lui revient de droit, avec la musique d’uilleann pipe solo jouée à Kergloff, par les pipers membres de notre association», conclut-il.

Jean-Pierre Bénard


A Kergloff, la cornemuse irlandaise en majesté

Sur la scène des Bonnets Rouges, à Kergloff, P’tit Louis s’installe avec un drôle d’instrument aux multiples tuyaux posés sur les genoux. « Il y a un soufflet sous l’avant-bras droit, relié à une réserve d’air placée sous le bras gauche du joueur d’uilleann pipe », explique au micro Jean-Luc Gastinel, le président des pipers de l’association Gan ainm.

Le joueur d’uilleann pipe ? Un musicien jouant des coudes tout en faisant danser ses doigts sur le chanter, pour faire swinguer les suites de jigs tirées de sa cornemuse. Un instrument joué assis, doté de bourdons sonnant à l’unisson et de régulateurs. «Des clefs métalliques actionnées par la main droite pour créer l’accompagnement rythmique et harmonique. Ce qui en dit long sur la complexité de l’instrument.»

«L'ancêtre de tous les pipers»

Bravant la difficulté, le sonneur alréen Louis Priour entame sans tarder une lamentation inspirée d’une tragédie survenue en 1828, sur le Lough Corrib au nord de Galway. «Le naufrage d’un petit bateau provoquant la mort de dix-neuf passagers embarqués avec leurs moutons pour la foire voisine», raconte-t-il, avant d’enchaîner sur The Ashplant et Trim the velvet, une suite de reels joués autrefois par le grand Seamus Ennis. «L’ancêtre de tous les pipers d’aujourd’hui.»


Le sonneur alréen « P’tit Louis » a ouvert le concert de cornemuse irlandaise donné vendredi dernier avec les pipers de l’association Gan ainm.


Chemise blanche, barbichette et nœud papillon rouge, Alain Froment se fait à son tour conteur d’histoires musicales. «Avec Valencia harbour et Lament for the lost books», deux airs dans la même veine, dont le deuxième raconte avec humour les déboires d’un instituteur naufragé en rejoignant son île d’affectation. «Il a joué de malchance en perdant ses bouquins en mer à l’aller, et en retrouvant sa maison en flammes à son retour sur le continent», ironise à son sujet, le facteur Breton de cornemuses irlandaises. Précédés par Emmanuel Lemare


«un esthète de l’instrument venu de Redon», Patrick Molard et Marc Guilloux entrent à leur tour sur la scène des Bonnets Rouges. Dans un style tonique et fluide, «les deux dinosaures du pipe» rendent un hommage virtuose à l’instrument, en passant par The fox chase, Johnny Cope et The Blackbird, pour un répertoire brillant faisant justice à la noblesse et à la majesté de la cornemuse irlandaise. Sans oublier de saluer le fabricant Dave Williams et les musiciens Gordon Duncan et Michel Keranguyader. «Tous trois prématurément partis pour le paradis des sonneurs.»

  • Chronique du concert des pipers de Gan ainm, donné le vendredi 27 mai 2006 à la salle des Bonnets Rouges de Kergloff (Finistère).