Un film hommage aux sonneurs bretons

Défricheur de mémoires, le réalisateur Pascal Le Flochmoën s’inspire de son grand-père, Yves Gaonac’h.

Après bien des tours et des détours un peu partout en France, il est revenu habiter en Bretagne où il est né voici plus de quarante ans. Petit-fils d’un des frères Gaonac’h, sonneurs de couple évoqués au fil des pages de Sonneur, le livre de Yann le Meur publié aux éditions Coop-Breizh, Pascal Le Flochmoën voudrait faire un film inspiré par l’univers des musiciens traditionnels du Centre-Bretagne et la figure aimée de son aïeul.

«Avec mes parents, nous sommes allés habiter très tôt à Paris. J’ai eu très peu de rapports avec la Bretagne. C’était juste pour les vacances», confie pourtant le cinéaste, qui a toujours le souvenir glaçant des quolibets hostiles, lancés par les Titis parisiens moqueurs des cours de récré de la capitale. «Il y avait encore tous ces clichés en rapport avec l’image de cul-terreux qui était renvoyée aux Bretons. Avec un copain alsacien, je voulais même changer mon nom de famille.» Aujourd’hui, à l’évocation de ses grands-parents bretons, c’est au contraire un sentiment de légèreté et le souvenir d’une maison où rien de nuisible ne pouvait lui arriver, qui prédomine. «Je me souviens de leurs regards aimants. C’étaient des gens charmants, tendres et doux. Modestes, mais généreux.»

Yves Gaonac’h, l’aïeul, me- nait une triple vie pour survivre dans les années 20. Couvreur le jour, coiffeur le soir, ce grand-père était aussi un des musiciens traditionnels réputés de son époque,

Les frères Gaonac’h sonnent en tête d’une noce à Saint-Thois. Une des neufs photos d’une série réalisée à cette occasion par Jos Le Doaré, et qui figurera sans doute dans le film de Pascal Le Flochmoen. (Photo : droits réservés).


sonnant avec son frère René à la bombarde, entre Montagnes Noires et Monts d’Arrée, de Saint-Thois jusqu’à Morlaix.

Un désir de film

«À l’heure du départ, mon grand père se plaçait sur le pas de la porte. Il sonnait, au biniou, un air de sa composition. La voiture familiale glissait doucement vers l’Aulne. Je retenais mon souffle.» Depuis deux ans, Pascal Le Flochmoën est revenu habiter à Saint-Thois. «J’ai reçu un accueil étonnant. Quarante ans après, je bénéficie encore de l’image de mes grands-parents. Je me dis que ce n’est pas rien. Il y a là, quelque chose d’un peu troublant.» Avec l’émotion du défricheur de mémoires, Pascal voudrait maintenant continuer à tirer les fils de l’histoire. Le père de Yann Le Meur, l’auteur du


livre à l’origine de ce désir de film, a fait du collectage auprès d’Yves Gaonac’h. Le sonneur châteauneuvien, Hervé Irvoas, a retrouvé un des airs composé par l’aïeul sonneur. Avec un ami ingénieur du son, le réalisateur a entrepris d’enregistrer, au Nagra, les témoignages qui se font jour. «Certains sont comme hors du temps, d’une grande fraîcheur. Le contraire d’une tonalité qui serait passéiste», explique Pascal Le Flochmoën, qui voudrait aussi, en cinéaste exigeant, éviter les embûches du documentaire d’archives et faire de son film l’aboutissement d’une quête ouverte vers l’expression d’une bretonnitude universelle.

Jean-Pierre Bénard