Son quartet a enthousiasmé les 400 spectateurs de Rosporden

Le jazz flamboyant de Kenny Garrett


Entre deux concerts en Pologne et en Allemagne, le quartet du saxophoniste américain Kenny Garrett a fait halte au Centre culturel de Rosporden, où il a donné, vendredi dernier, un concert de jazz qui fera date dans les mémoires des passionnés du genre.

D’entrée de jeu, un son énorme, une musique radicale et sans concession vient bousculer les quatre cent spectateurs, littéralement scotchés par le souffle dense et foisonnant d'une longue diatribe néo-Coltranienne en deux parties, intitulée : Two down one a cross et Count down. Une musique radicale, offerte par les quatre jazzmen américains sur une scène drapée de nuit. Une fulgurante entrée en matière, brillante et brûlante, puisée aux sources du meilleur des free-jazz d'un Freddie Hubbard, auprès duquel le saxophoniste a fait ses classes.

Flottant sur le maëlstrom harmonique du piano de Vernell Brown et de la contrebasse de Charnett Moffett, Kenny Garrett s'est lancé dans un corps à corps fougueux et énergique, avec un saxophone alto qui prend des allures de pur-sang sous son empoignade virtuose. Propulsé par le souffle généreux du musicien, un phrasé tour à tour volubile, imaginatif et lyrique s’enroule autour de la stature ondoyante de l’artiste, naguère accompagnateur de Miles Davis et de Art Blakey.

Les coups de boutoir de la rythmique incroyablement puissante, déversée par la batterie de John Lamkin, scandent les inflexions du discours musical du saxophoniste et viennent, pour finir, se conjuguer dans un spectaculaire tête à tête avec lui. «J'avais besoin de musiciens d'un certain niveau, explique Kenny Garrett. C'est pourquoi j'ai choisi Charnett Moffett, un ancien de chez Tony Williams, pour tenir la basse, et Vernell Brown, qui m'offre au piano, un contraste stylistique tout droit issu de l'école du free-jazz.»


Le jazz fougueux et volubile du quartet de Kenny Garrett a séduit le public du centre culturel de Rosporden. (Photo : www.espritsnomades.com)


Une musique évocatrice

Dans la salle, les chaudes harmoniques du ténor ont remplacé les violences de l’alto, pour Tango at six, avant qu’un climat d’une étrange qualité méditative ne s’installe, entre piano et saxo soprano, pour une suite musicale puissamment évocative, et empreinte de sérénité. Akatonbo, Arirang et Tsubasawo Kudasai, trois mélo- dies traditionnelles japonaises et coréenne, apprises un jour de pluie dans les couloirs du métro tokyoïte, génèrent des images de ruisseaux peuplés de poissons exotiques, de maisons de papier et de montagnes neigeuses, perdues dans les brumes d’asie.

Sur ces longues notes, entre deux silences travaillés par une pointe de réverbération, le public retient son souffle. C’est à peine si quelques applaudissements prématurés parviennent à rompre la magie de l’instant.


Après un retour bref au be-bop, avec A hole in one en hommage à Woody Shaw, un des maître-trompettiste favori de Kenny Garrett, et le clin d’œil de Smoke in the water, emprunté à Deep purple, le public s’est levé, fou de bonheur, applaudissant à tout rompre. «Come on, Happy people», lance le maestro au peuple heureux des spectateurs qui n’oublieront sans doute pas de sitôt, qu’une étoile du jazz née il y a 42 ans et venue de Detroit, USA, a brillé le temps d’un concert dans le ciel finistérien.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert du quartet de Kenny Garrett, donné le 11 mai 2002 au centre culturel de Rosporden (Finistère).