Acclamé par plus de 200 spectateurs à l'Espace Glenmor

La noblesse du tango argentin de Gaston Lorho


Dimanche, le sextet du bandonéiste Gaston Lorho a rassemblé plus de 200 spectateurs à l’Espace Glenmor. Amoureux de la mélancolie et du lyrisme du tango argentin, le public, frissonnant de reconnais- sance, a ovationné le somp- tueux récital offert par les musiciens invités de Daniel Thénadey.

D’entrée de jeu, le violon de Corinne Basseux plante le décor. A grands coups d’archet généreux, l’instrument roi décline les premières mesures d’un tango signé Astor Piazzola. Au piano, la main gauche de Jeanne-Marie Golse scande les accords d’une sombre descente aux enfers de la passion. Entre amour et trahison, colère et mélancolie, le tango argentin exulte sur un fond de cordes et déploie son éternel jeu de cache-cache amoureux.

«On n’entend pas la main droite !», s’écrie soudain un spectateur, frustré de n’avoir qu’une moitié de jeu dans l’oreille. Reprenant sa respira- tion, la musique s’abandonne à nouveau au soufflet expressif du bandonéon de Gaston Lorho. «El duende de tu son, che bandoneon», lance, à son tour, la voix grave et sensuelle de la chanteuse hispanisante Sarah Briand, sur ce titre d’Anibal Troilo daté de 1935.

Ivresse musicale

Le timbre magique du bandonéon fait chavirer les cœurs et chalouper les senti- ments.


Dimanche, le public de l’Espace Glenmor a frissonné d’amour pour le somptueux tango argentin du sextet de Gaston Lorho.

«Mais le tango argentin, c’est aussi de la danse», rappelle, fort justement, le bandonéiste, à l’entrée d’un couple de danseurs venu de Buenos Aires. Sur la scène, Marie et Robert Sedano entament, élégamment, un pas de deux millimétré. Casquette des faubourgs, talons hauts, bas résille et robe noire, habillent la corrida tauromachiste des corps tendus par un tango au sommet de l’ivresse musicale. «Je frissonne. J’étais sur le point de pleurer», confie une spectatrice à l’oreille de son voisin. D’Astor Piazzola en Juan-José Mosalini, du Concierto para quinteto en Milonga del angel, le sextet du bandonéiste revisite brillamment l’histoire du tango argentin, en n’oubliant pas, au passage, une reprise vitaminée de la Cumparsita.

Dans des arrangements somptueux, parfois inspirés du grandissime Sexteto major, Gaston Lorho redonne, à son tour, ses lettres de noblesse à la musique du tango. En digne héritier de Piazzola, et d’une musique populaire née dans les faubourgs interlopes de Buenos Aires, il y a deux siècles.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert du sextet de Gaston Lorho, donné le 10 avril 2005 à l'Espace Glenmor de Carhaix (Finistère).