Glenmor l’éveilleur, le portrait du barde breton

Le documentaire de Philippe Guilloux sur le barde de Maël-Carhaix a été accueilli avec émotion, à l’occasion de sa projection en avant-première, au Grand Bleu, à Carhaix.

Ça commence avec un plan serré sur un antique tourne-disque et un vieux vinyle de Glenmor jouant : Ouvrez les portes de la nuit. « Quel est celui des Bretons qui, aujourd’hui, n’est pas pour l’autonomie de la région ? Quel est le parti politique qui oserait maintenant le dire ? », s’interroge hors image la voix du barde, avant que la caméra ne s’attarde sur une affiche en noir et blanc du chanteur.

Ce mercredi 22 juin 2011, L’écran du Grand Bleu accueille la projection du film de Philippe Guilloux : Glenmor, l’éveilleur, et, dans la salle quasi pleine, chacun est déjà pris par le récit et l’émotion des témoins qui se souviennent. « C’est un type qui était vraiment fait de la glaise et des rochers du pays. Avec le poids du ciel et des nuages sur les épaules », raconte l’un d’eux, sur des images imprégnées des paysages de l’enfance bretonne de Milig Ar Skañv.

« Étonnée de ce qu’il chantait »

Tour à tour, Fañch Bernard, le fidèle contrebassiste de l’artiste, Yann Goasdoué, le sonneur et ancien directeur de Coop Breizh, Xavier Du Roscoat, le copain de lycée d’il y a 70 ans, ou encore Andrea Ar Gouilh, la chanteuse, évoquent rencontres et anecdotes. « J’ai été très étonnée d’entendre ce qu’il chantait », avoue cette dernière encore stupéfaite, tant d’années après, de la puissance évocatrice et poétique de la prose chantée par le barde.

Un peu plus loin, Katell, ancienne femme de Glenmor, feuillette l’album de famille. « On ne rencontre Glenmor qu’une fois dans sa vie, confie à la caméra la conteuse et poétesse de Rostrenen, tout en égrenant les photos de son mariage passé avec le chanteur breton. Mais quand ça vous arrive, il faut y aller ! » Et ce jour où Léo Ferré a débarqué dans la cour du manoir de Saint-Péran, à Glomel, Katell le conte aussi au fil de la séquence avec sa jubilation coutumière. « Je viens voir cet homme qui dit que la France n’existe pas, me lance-t-il. Moi, j’appelle Glenmor (elle fait mine à l’image, de frapper au plafond avec un manche de balai).


La projection de Glenmor, l’éveilleur, le film de Philippe Guilloux, a été saluée par une salve d’applaudissements, mercredi au Grand Bleu, à l’occasion d’une avant-première organisée dans le cadre de la semaine d’hommage au barde de Maël-Carhaix (photo : droits réservés).


Il arrive bientôt et lâche tout de go : Ferré, mais qu’est-ce que tu fous dans ma cuisine ! ? »

Un portrait sans concession

Au fil des images, on sait gré au réalisateur de n’avoir pas masqué les moments, parfois difficiles, vécus par certains de ses proches avec Glenmor. « Vous avez tracé un portrait qui montre les qualités et les défauts de l’homme, sans pour autant écorner le mythe incarné par le personnage », complimente à ce sujet un spectateur à l’issue de la projection au Grand Bleu.

Pour Yann Puillandre, en revanche, ancien compagnon de route de Glenmor, le compte n’y est pas. « Je reste un peu sur ma faim, explique-t-il au sortir de la séance. Je ne ressens pas, avec ce film, la force du combat militant de Milig pour la Bretagne, et sa résonance encore aujourd’hui. »

Une œuvre de cinéaste

Impossible, en effet, en une heure et douze minutes, d’épuiser tous les moments forts de la biographie du barde. « Ce n’est pas une chose simple, avoue Philippe Guilloux, le réalisateur. J’ai essayé de faire un film qui puisse présenter Glenmor, à un public d’aujourd’hui qui ne l’a pas connu. »


La projection du film Glenmor, l’éveilleur, était un des événements très attendu de la semaine d’hommage, consacrée par l’association Glenmor an Distro, au barde de Maël-Carhaix. Des applaudissements nourris ont salué, mercredi soir, la dernière image du documentaire de Philippe Guilloux, qui a fait œuvre de cinéaste avec ce premier film jamais réalisé sur l’artiste breton.

Un portrait admirablement servi, il faut également le souligner, par la superbe photo de Stéphane Guillard, le chef-opérateur, et le mixage audio étonnamment présent de l’ingénieur du son carhaisien, Frédéric Hamelin.

Jean-Pierre Bénard

Écrit et publié le 25 juin 2011.