Gordon Tack, l'opérateur-radio héros de Trévarez

Décédé en décembre 2013, l’opérateur-radio britannique Gordon Tack était parachuté sur le Finistère le 8 juillet 1944. Accueilli par un groupe de maquisards, puis réchappé miraculeusement d’une rafle allemande, le radio britannique va jouer un rôle capital dans la réussite du bombardement du château de Trévarez.

« Le raffut d’un char Sherman »

Cette nuit de juillet 44, après une descente en parachute, ils touchent le sol breton non loin de Briec (Finistère). Bernard Knox, un Américain d’origine britannique, le capitaine breton Paul Grall et le radio britannique Gordon Tack, ont pour mission de coordonner les actions des résistants centre-bretons. « Chaleureusement accueillis par les habitants, ils ont embarqué les conteneurs largués par avion dans un camion fourni par la Résistance locale », indique dans les colonnes du quotidien britannique The Telegraph, la biographie de l’ancien opérateur-radio disparu il y a un an. « Les hommes n'étaient pas rassurés, le véhicule faisait autant de raffut qu’un char Sherman ! » (Char américain produit pendant la Seconde Guerre mondiale. NDLR).

300 parachutistes allemands

La suite du voyage se fait en plein jour. Empruntant des chemins de traverse, le convoi finit par rejoindre un campement de maquisards dissimulé dans les bois de Bretagne intérieure. « Plus tard, relate la biographie de Gordon Tack, ils ont découvert qu’une unité de 300 parachutistes allemands s’était déployée dans un village voisin, où ils venaient de passer, et fouillait toutes les fermes des environs à leur recherche. » Le petit groupe d’hommes en réchappe de justesse. Le temps presse et le trio de soldats parachutés distribue les armes et forme les maquisards à leur usage. Ils repèrent bientôt de nouvelles zones possibles de parachutages et organisent les groupes chargés de recueillir les matériels ainsi largués.

« Il fallait agir vite »

Dans ce climat de guerre, le savoir-faire de l’opérateur-radio Gordon Tack en matière de chiffrement, de déchiffrement et de transmissions de messages, joue un rôle capital. « Il fallait agir vite. Un opérateur moins expert aurait mis le groupe en danger, alors que la chasse pour Gordon Tack et ses camarades était implacable. »


Le château de Trévarez, tel qu'il se présentait encore dans les années 80, avant que les traces extérieures du bombardement de juillet 1944 n'aient été effacées. (Photo : © droits réservés)


Sous la menace, les hommes traqués dorment dans des granges et des meules de foin. Une fuite entrecoupée de longues marches dans la campagne bretonne pour échapper à la rafle.

« À 200 mètres du château »

Fin juillet, Gordon Tack et ses compagnons sont aux environs du château de Trévarez. Le domaine, réqui- sitionné depuis 1940 par l'occupant, est devenu un lieu de villégiature pour les équipages de sous-mariniers allemands et japonais, venus de Brest et de Lorient. Et les Alliés veulent éliminer cette entrave possible à l'avancée de leurs troupes.

« À la faveur de l'obscurité, Gordon Tack s'est avancé furtivement à moins de 200 mètres du château, affirme la biographie du héros britannique. C'est ainsi qu'il a pu guider (grâce à une balise radio et par phonie depuis les écuries du château. NDLR), la trajectoire des trois avions de la Royal Air Force (RAF) qui ont bombardé le bâtiment avec une efficacité dévas- tatrice. »

Dans le Pacifique

En septembre 1944, devant la progression des forces Alliées, le petit groupe se déplace vers Quimper avant de s'embarquer pour Dartmouth (Angleterre), à bord d'un dragueur de mines. « Ensuite, confie Lucien Stervinou, résistant finistérien


de la première heure qui nous a révélé cette histoire, Gordon Tack s'est engagé pour la guerre du Pacifique et a suivi un jungle training à Force 136, à Ceylan (actuel Sri-Lanka, île au sud-est de l'Inde. NDLR), avant d'être envoyé en Birmanie pour combattre l'armée japonaise. »

La médaille militaire

Parachuté en Birmanie en mars 1945, fait prisonnier, l'homme s'évade en compagnie d'un pilote américain avant de rejoindre Calcutta en ferry et de servir dans le 25e régiment de dragons, au moment des affrontements liés à la partition de l'Inde. De retour en Angleterre en 1947, le Britannique s'engage à nouveau pour 22 années. Il sert en Allemagne, avant de quitter l'armée britannique en 1969 et de finir sa carrière au département sécurité de la British Rail, jusqu'en 1982.

Né à Malte en 1923, Gordon Tack est décédé le 24 décembre 2013, à l'âge de 90 ans, à Chandler’s Ford (Hampshire, Royaume-Uni) où il résidait. Son fait de bravoure à Trévarez lui a valu de recevoir la médaille militaire.

Jean-Pierre Bénard


Papier publié en décembre 2014, à l'occasion du premier anniversaire de la mort de Gordon Tack.