Graeme Allwright, troubadour, citoyen du monde

Dimanche, à l’espace Glenmor, le chanteur a donné deux heures et demie d’un concert d’anthologie devant 500 spectateurs émus par la générosité de l’artiste.


Il déboule pieds nus sur la scène du Glenmor, le cheveu gris et de grands yeux bleus tournés vers la lumière des projecteurs. «Je vais vous la chanter a capella», lance aussitôt Graeme Allwright à propos de sa version revisitée de La Marseillaise. «Contre toutes les haines et les guerres, l’étendard d’espoir est levé», entonne le troubadour sur la mélodie du chant naguère composé par Rouget de L’Isle.

Dans la salle, la lumière revenue et feuilles volantes en mains, le chœur du public reprend à son tour les paroles humanistes imaginées par l’artiste. «Rassemblons nos forces, notre courage, pour vaincre la misère et la peur.» A l’applaudimètre carhaisien, l’hymne national pacifié par le chanteur semble s’en sortir avec les honneurs. On change d’époque et Graeme Allwright souffle maintenant l’antienne d’un autre sage. «Blow’in the wind. Une chanson de Dylan toujours d’actualité», semble s’excuser le chanteur, privé désormais de sa guitare fétiche pour cause de mains convalescentes, avant d’entamer Petite fleur fanée. «Certainement une des chansons les plus connues de l’île de La Réunion où j’ai longtemps séjourné.»

Une conviction émouvante

Dans la salle, le public savoure le quart d’heure créole lancé impromptu entre une chanson de Léonard Cohen et une bossa-nova du brésilien Carlos Jobin. «Mon cœur il est brisé. Tout ça comme ça, ici-bas il doit finir.»


Dimanche, le public carhaisien a retrouvé avec un grand bonheur Graeme Allwright et ses 40 ans de chansons à l’espace Glenmor.


Autour de Graeme Allwright, les musiciens Malgaches Éric Manana à la guitare et Dina Rakatomanga à la contrebasse, habillent de jolies harmonies océaniennes la mélodie populaire réunionnaise. Les cordes s’emballent et le velours des fauteuils frémit soudainement sous le charme d’une langue malgache dopée à l’émotion. Les applaudissements crépitent.

«Éric a obtenu le Prix Charles Cros pour Vakova, son premier album solo», précise Graeme Allwright au sujet de l’artiste venu de Madagascar. Reprenant visiblement de l’énergie au fil d’un concert marathon, le chanteur renoue avec ses amours de jeunesse. «Pour les nostalgiques», murmure-t-il. Suzanne, Jusqu’à la ceinture, Petites boîtes, Jolie bouteille et Les retrouvailles


s’enchaînent dans un florilège inépuisable. Des chansons toujours aussi fringantes, interprétées avec la conviction émouvante et intacte d’un chanteur citoyen du monde. «Merci !», s’exclame une spectatrice au comble du ravissement, prolongé d’une longue ovation debout des 500 spectateurs éperdus de bonheur.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Graeme Allwright, donné le 25 mars 2007 à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).


«J’aimerais apporter l’espoir que j’ai en moi»

D’où vous vient cette belle énergie ?

Pourvu que ça dure ! (Rires) Je crois qu’il y faut une certaine hygiène de vie. Avoir une activité physique et une alimentation saine. Je ne bois plus d’alcool, hormis quelques verres de vin rouge à l’occasion de repas avec des amis. Je fume encore un peu, mais il faudrait là aussi que je m’arrête totalement. Je serais plutôt végétarien. Quand je vois les tortures que l’on fait subir aux animaux d’élevage, je trouve ça assez épouvantable. Au final, c’est de la viande stressée et bourrée de toxines que l’on mange.

Quel est votre regard sur le monde aujourd’hui ?

Je crois que ce qui va changer la donne, c’est le réchauffement climatique. Les répercussions sur l’économie mondiale vont aller beaucoup plus vite qu’on ne le pense : sécheresses et inondations. Les années à venir vont être très dures. Il y a aussi une autre question très importante : comment allons-nous faire pour nourrir la population mondiale qui ne cesse d’augmenter ? La priorité devrait être la lutte contre la misère et la pauvreté dans le monde, mais on en est loin. Comme au Darfour par exemple. Quand on regarde où en est le monde aujourd’hui, on peut dire que c’est un échec.

C’est un constat très pessimiste...

Oui, d’une certaine façon. Mais les politiques traînent les pieds sur les grands problèmes écologiques et continuent de nous vendre l’idée d’une croissance infinie.


Graeme Allwright a un projet d’émission avec France 2, pour proposer aux Français un changement des paroles de La Marseillaise.

Pourtant on sait que tout cela nous conduit dans une impasse. On ne peut plus continuer à piller les matières premières, à laisser la pollution s’étendre. Mais je garde tout de même foi dans l’avenir de l’Humanité. Je crois qu’elle a en elle-même des possibilités qu’elle ignore encore. On n’a pas idée de ce que c’est, parce que ce n’est pas arrivé. Dans une forêt, on entend surtout le bruit des arbres qui tombent, mais pas celui des arbres qui poussent...

Vous voudriez changer La Marseillaise ?

C’est un projet qui me tient beaucoup à cœur. Il faudrait faire aujourd’hui de La Marseillaise un chant de paix. La France en sortirait grandie si elle acceptait d’en changer les paroles. Comment expliquer à un enfant qu’un sang impur abreuve nos sillons ?

J’ai un projet d’émission sur ce sujet avec France 2 et Gérard Holtz, qui est un ami. Il y aura une partie documentaire pour expliquer l’histoire de l’hymne national français, et un concert avec l’orchestre du conservatoire de Bagnolet et les chœurs du 11e arrondissement de Paris. Un débat suivra avec des responsables politiques, des sportifs etc. Et les téléspectateurs pourront participer à l’émission en envoyant des SMS. J’aime bien La Marseillaise que Yannick Noah a proposé de son côté. C’est pas mal du tout et j’aimerai qu’il participe aussi à l’émission. Comme j’aimerais continuer d’apporter aux gens, l’espoir que j’ai en moi.