Le souffle acadien de Grand Dérangement

Les musiciens venus de Nouvelle-Écosse ont enchaîné avec fougue, airs de violons et danses à claquettes mêlés d’embruns pop rock.


À peine le temps de faire les présentations, que Daniel Leblanc lance déjà une chanson chantée avec l’accent de la Baie Sainte-Marie. «On pourrait presque dire que c’est un rap acadien», s’exclame le violoniste fondateur du Grand Dérangement, à propos de L’homme à point d’accent, un texte de Michel Thibault sur le malentendu amoureux. «J’ai fait tout ça qu’est bon pour avoir son attention. Mais ça qu’elle voulait tant, c’était un homme à point d’accent.»

Pieds chaussés de souliers ferrés, collants noirs et jupes de jigueuses irlandaises, Christiane Thériault et Erin Westby déboulent bientôt à l’avant scène. Danseuses à claquettes de Grand Dérangement, elles balayent l’espace Glenmor d’un grand souffle celtique venu d’Acadie. «Erin est une canadienne d’adoption née de parents irlandais venus s’installer chez nous», confie à ce sujet le bassiste Jean-Pascal Comeau.

Chanson hommage

Sourire aux lèvres et buste impassible, les deux ballerines déroulent d’un même pas le tricot virtuose de leurs jigs aériennes, matinées de sonorités métalliques. «Cette chanson est dédiée à tous les peuples qui ont été déportés et ont eu bien de la misère», lance à son tour, Briand Melanson, le chanteur et batteur du groupe.

Avec Danse dans les flammes, une chanson d’exil nourrie de colère et de boucane, mêlée d’embruns rock et d’arpèges de violon obstiné, les musiciens de Nouvelle-Écosse se


Dimanche, les Acadiens de Grand Dérangement ont donné un superbe spectacle devant un public de 157 spectateurs seulement à l’espace Glenmor.


souviennent aussi de leur Histoire. «En 1604, des Français sont venus s’établir à l’est du Canada. Nous sommes les descendants de ces gens-là et si nous sommes encore là, c’est grâce aux Mikmaq», rappelle à ce sujet le violoneux Daniel Leblanc en entamant Plane un aigle, une chanson hommage aux indiens naguère sauveurs des Acadiens.

Et si dans le son du violon, «Les danseurs entendent les pas des valses et des rigaudons», ils doivent aussi composer avec les ritournelles implacables du Hit parade. «Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes, vont chanter, vont danser sur le violon», entonne à son tour le public du Glenmor, visiblement acquis à la cause des musiciens avec cette reprise électrique du tube inoxydable de Michel Fugain.


Grand Dérangement dispense avec beaucoup de générosité scénique un spectacle total mêlant la danse et les musiques celtiques, et les chansons traditionnelles acadiennes et louisianaises avec des textes bien à lui. Un vrai son qui bouge, énergique et fougueux, ovationné par les rappels enamourés d’un public comblé.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Grand Dérangement à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère), le dimanche 15 octobre 2006.